MADAME DE LALANNE
missions; son vaisseau se perdit, et on ne sut jamais ce qu'il était devenu. Sa mère la quitta, sa fortune lui échappa en très grande partie; elle ne retrouva la France qu'en 1803, après onze ans d'exil. Du moins son mari lui restait encore ; elle eut, en 1816, la douleur de le voir expirer dans ses bras. C'était l'heure de se rappeler la promesse d'autrefois : « Dieu seul!... » telle fut sa réponse à ce coup de la mort. Elle se fit religieuse dans la communauté des sœurs de la Providence, qu'elle avait établie pour la direction de ses jeunes orphelines. Cependant l'humble congrégation qui se recrutait avec peine, aspirait à se a jeter dans le Cœur de Jésus » : c'est l'expression même de Mme de Lalanne. Une visite qu'elle fit à la maison des Feuillants lui inspira un désir véhément de se réunir à la société de Mm6 Barat. Mais elle si vieille, ses sœurs si simples, ses orphelines si pauvres, seraient- elles trouvées dignes d'une aussi glorieuse affiliation?...
C'était son doute et celui de M*1 d'Aviau. La réponse que Mmo Barat fit à l'archevêque dissipa ces craintes : i J'avais résolu de rester au moins deux ans sans commencer de nouvelles entreprises, lui écrivit-elle; mais j'ose assurer à Votre Grandeur que l'établissement de Mme de Lalanne m'inspire quelque attrait, de préférence à des fondations plus brillantes, précisément à cause de l'esprit d'humilité, de pauvreté et de simplicité qui y règne. 11 me semble que cette œuvre nous rapprochera davantage du Cœur de notre divin Maître, et qu'elle attirera ses bénédictions sur notre Société. » En même temps elle envoya à Mme de Lalanne cette franche réponse, toute cordiale et toute chrétienne : a J'accepte pour notre Société votre établissement. Votre œuvre plaît tant à Notre-Seigneur, que je n'ai pu la refuser; elle attirera ses bénédictions sur notre Société, et
votre maison sera bientôt celle que nous chérirons davantage 1 . »
Deux mois après environ, Mm0 de Lalanne fit profession dans l'Institut du Sacré-Cœur, devant la mère Geoffroy et entre les mains de M*1" d'Aviau. Elle avait soixante-deux ans. Mme Barat lui conserva son titre de supérieure et mit son attention à lui procurer tous les allégements que demandait son âge, mais que refusait sa ferveur : « Prenez par obéissance tous les adoucissements qui vous sont nécessaires; ne changez rien à l'extérieur de votre manière de vivre. Je loue votre délicatesse sur le vœu de pauvreté, mais tenez compte aussi de votre position ; continuez à faire à votre neveu le petit présent que vous lui offriez tous les ans, le jour de sa fête; maintenez vos dispositions testamentaires à l'égard de votre nièce et de votre filleule... » La même condescendance et le même désintéressement dictaient les autres conseils de la supérieure à Mme de Lalanne : le Sacré-Cœur ne voulait rien d'elle que son cœur.
Cependant Mmo Barat achevait à Paris de nouveaux travaux. La maison de la rue des Postes se trouvant trop petite pour contenir à la fois les novices et les pensionnaires, elle en loua une seconde, qui lui était contiguë, dans la rue de l'Arbalète, et on la réserva pour le noviciat, a Là avait habité le trop fameux Santerre , raconte la mère Deshayes , et sur les murs d'une salle qui devint notre salle d'étude, était écrit en divers endroits le mot Temple, qu'aucune peinture ne pouvait effacer2. » La chapelle fut bénite le 24 août par Mer de Quélen, coadjuteur
1 Paris, 13 mai 1819. — Voir Vie ma?iusc. de Mm6 Lalanne. 9 Notes sur les commencements de la Société, p. 49.