‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 158 sur 236 · SES VŒUX POUR ALOYSIA · texte numérisé non relu

SES VŒUX POUR ALOYSIA

vouer à Jésus-Christ pour travailler à ses œuvres les plus laborieuses. « Qu'elle promette à Dieu, si elle recouvre la santé, de se mettre dans la disposition d'aller partout où ses supérieurs l'enverront. Peut-être le Seigneur a-t-il quelque dessein particulier sur cette enfant. Il ne faut pas toutefois qu'elle s'en doute elle-même. Il est certain que si elle guérit, Dieu la destinera à de grandes choses 1. »

Dans cette intention, tantôt la mère générale pensait à lui confier certaines fondations dans les royaumes du Nord: « Croiriez-vous, écrivait-elle, qu'on nous demande en Pologne avec instance? Eh bien! ma chère Thérèse, vouez Aloysia à saint Stanislas. Promettez- lui que, si elle guérit, nous la donnerons à son pays2. » Tantôt elle la destinait aux missions d'Amérique, et elle écrivait: « Si le Cœur de Jésus nous la rend , il faudra bien se décider à la voir partir loin de nous. Puisse-t-elle être, en petit, l'émule de saint François Xavier! Peut-être le Seigneur la destine- t-il à devenir son imitatrice dans les contrées lointaines, où sa tante va conduire la première colonie3. »

Ses supérieures, estimant que peut-être Jésus-Christ attendait pour la guérir qu'elle se fût consacrée à Lui définitivement, anticipèrent l'époque de sa profession. Mme Barat écrivit: « Qu'elle s'unisse promptement à Jésus par des vœux perpétuels. Peut-être attend-il ce dernier sacrifice pour nous rendre une santé qui nous est si chère. Qu'elle promette, si elle la recouvre, de la consacrer à la plus grande gloire de Dieu. »

Mme Duchesne partageait les sollicitudes, les espérances et les alarmes de la mère Barat. De la maison de Paris, où

1 Paris, 4 juillet 1817.— 2 item, 6 août 1817. — 3 Item, 16 septembre 1817.

elle était alors, elle adressait à sa nièce des lettres incomparables, où la nature et la grâce, la tendresse, la force, la résignation , la crainte, la confiance se livraient les plus émouvants combats. Elle lui exprimait son regret de n'être pas auprès d'elle afin de la soigner. Elle lui demandait « comment elle avait eu la force de lui cacher son mal » ! Elle lui disait que, «plus on souffre, plus on est religieux. » Elle avait fait vœu à saint François Régis de la consacrer aux missions, si elle guérissait. Elle la conjurait au nom de la Société, au nom des âmes qui l'imploraient, de ne pas refuser de prolonger ses jours. Enfin elle lui donnait rendez- vous en Amérique, où elle l'attendait. La veille de son départ elle lui écrivit encore : « Je quitte bientôt la France, ma bonne Aloysia; nous nous revendons, je l'espère..., au moins dans le ciel! OlTre tes souffrances pour nous, et nous prierons pour toi; que tes maux soient tes prières pour nous et pour nos abandonnées. J'offrirai pour toi les vœux éloquents de nos pauvres. Envie mon bonheur et goûte le tien î Dieu va nous séparer; il nous réunira dans son Cœur. Adieu, chère et bonne sœur, adieu1. »

Pourquoi tant d'oblations, de vœux, de sacrifices, ne parvenaient-ils pas à racheter des jours si précieux? Mm9 Barat put bientôt s'en rendre compte par elle-même.

Nous l'avons vue précédemment, dans le courant de juin 1818, s'arrêter à Grenoble en se rendant en Savoie. En revoyant la maison de Sainte -Marie -d'en -Haut après plus de trois ans d'absence, elle fut douloureusement surprise de l'état dans lequel elle retrouvait sa fille chérie. Pâle, haletante, se traînant avec peine sur des béquilles, ou clouée sur un lit, celle-ci ne conservait plus, de son

1 Vie manuscrite, 2e partie, ch. iv, p. 88 à 101.

ALOYSIA ASPIRE A MOURIR 371

ancienne vie, que son ardeur de parole, son angélique sourire, et le feu de plus en plus pénétrant de ses yeux. « La pauvre enfant est bien infirme, hors d'état de travailler, écrivit la supérieure, dès le lendemain de son arrivée : elle a plusieurs plaies ouvertes. C'est le seul sujet qui ait des talents transcendants : elle nous serait si utile pour nos fondations! Mais le bon Dieu voit autrement. que nous. Nous n'avons pas à lui demander raison de sa conduite. Espérons, ma fille, contre toute espérance : le bon Dieu nous aidera1. »

De Grenoble, Mme Barat écrivit à toutes les maisons de 6a société, demandant que des prières et des communions fussent offertes pour ce grand et cher intérêt. Elle écrivit aussi à Mmc Duchesne : « Thérèse vous parlera de notre chère Aloysia. Quelle admirable enfant! J'ai désiré, en la voyant, avoir le don des miracles. Obtenez donc, ma chère, le miracle de sa guérison. Qu'elle ferait de bien dans la Société»! » Du fond de l'Amérique, sa tante la vouait encore aux missions les plus lointaines. « Je lui souhaite la Chine : elle est assez jeune pour apprendre la langue3. »

Mais à rencontre de ces vœux qui demandaient sa santé, la malade en faisait d'autres pour être rappelée à Dieu : « Pourquoi, disait-elle, prier pour ma guérison? Je sens au dedans de moi quelque chose qui m'assure que je mourrai de cette maladie. Qu'on demande plutôt à Dieu qu'il m'accorde une bonne mort. »

Voilà l'obstacle qui rendait vaines tant de supplications : elle souhaitait de mourir. Or ce vœu était celui que le Seigneur semblait vouloir exaucer de préférence. On remar-

i A Mme de Gramont, Grenoble, 19 juin 1818. — 2 Grenoble 21 août 1818. — 3 Saint- Louis, 29 août 1818.

quait que chaque neuvaine, chaque pèlerinage aux reliques des saints, amenait invariablement une aggravation à son mal. Cet heureux insuccès la faisait sourire : « Je savais bien, disait- elle, que vous alliez me tuer par vos prières! Cette conduite de Dieu sur moi me fait de plus en plus connaître sa volonté et son amour. Que mon sort est digne d'envie! » Comme sa supérieure lui demandait d'unir ses vœux à ceux que l'on faisait pour son rétablissement: « Ah ! ma mère, répondit-elle, je ferai ce que vous voudrez, mais laissez -moi me livrer à l'espérance de mourir; je crois qu'elle vient de Dieu. » Parfois elle pleurait de ce qu'on s'obstinait à la vouloir retenir dans l'exil : « Ah ! de grâce, demandez qu'on ne prie plus tant pour me faire rester ici -bas ' ! »

Durant son séjour à Grenoble, Mme Barat s'installa auprès de son enfant. Elle ne pouvait se lasser d'admirer, en secret, un amour du sacrifice qui la ravissait d'allégresse, tout en la navrant de douleur. La malade, toujours souriante, ne voulait pas être plainte. « Et pourquoi m'inquiéterais- je? l'entendait-on répéter. Croyez -vous que je céderais ma place à qui me la demanderait? » Afme Barat se gardait bien de laisser rien paraître de son admiration devant la jeune religieuse; mais souvent elle la contemplait en silence, avec une sorte de vénération. Elle pansait elle-même ses plaies. Quelquefois, quand elle était toute seule avec elle, elle en approchait ses lèvres, et les baisait. La jeune fille, émue et confuse, ne savait comment s'expliquer tant d'abaissement et de bonté : « Si ma mère restait ici, je craindrais de trop l'aimer, » disait-elle.

Avant son départ de Grenoble, Mme Barat eut une nou-

J Vie manuscrite, p. 96, 98, 99.— 2° partie.

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velle inspiration de foi. Elle nomma la malade sous-assistante de la maison, sous-maîtresse des novices, conseillère et secrétaire de la supérieure. Ce n'est pas qu'elle se fit illusion sur l'état de la santé de sa fille, mais elle voulait mettre Dieu en demeure d'intervenir, et faire violence au Ciel à force de confiance. Quant à l'appeler auprès d'elle, elle déclara y renoncer; mais non pas sans regret, comme l'exprimaient ces lignes à la mère Thérèse : « Je sens que le bon Dieu la veut près de vous. Je ne la cède qu'à vous. Elle sera votre bonne croix celle-là : 0 bona crux • / »

Les années se succédèrent sans amener de progrès, excepté dans la sainteté de cette âme généreuse, dont je voudrais pouvoir raconter toute l'histoire. A l'automne de l'année suivante, 1819, Mmc Barat, revenue une seconde fois à Grenoble, trouva la jeune victime toute consumée, pour ainsi dire, par la joie anticipée de son sacrifice. Cette fois, n'arrêtant plus l'élan de ses désirs, elle lui disait seulement : « Mon enfant, faites-vous bien petite dans la main du bon Dieu. Tenez-vous bien passive sous le poids de la croix, c'est la croix de votre Père. » Puis, leur entretien s'en allant à perte de vue sur ce sujet de la croix et de l'amour de Dieu, la mère finissait par avouer à sa fille qu'elle la trouvait bien heureuse, et qu'elle enviait son sort -.

Cependant elle voulut encore frapper un dernier coup, plus fort que le premier, au Cœur du Tout- Puissant, en essayant de river sa chère fille à l'existence par un nouveau lien. Mmc Barat, ayant rassemblé ses religieuses, Aloysia exceptée, leur annonça que, devant employer leur mère Thérèse pendant quelque temps à consolider la fon-

i Paris, 19 juillet 1819.

8 Vie manuscrite , chap. v; p. 105.

dation de Lyon , elle laissait à Grenoble, pour la suppléer, leur plus jeune sœur, il est vrai, la plus infirme de toutes, mais aussi, croyait-elle, la plus proche de Dieu. « Plus je la vois, leur dit -elle, plus je découvre en elle une sagesse rare. J'ai donc cru juste, devant Dieu, de confier le gouvernement de la maison à celle qui en est déjà l'édification et la bénédiction. » Elle la nomma assistante et admonitrice. Quand cet arrêt fat signifié à Aloysia, elle se mit d'abord à pleurer et à trembler. Puis, n'envisageant que la croix : « Que Dieu me soit toute chose, » dit-elle. On l'amena alors à Mmc Barat, devant laquelle elle essaya de se mettre à genoux. Mais celle-ci, la relevant, la consola, la bénit; puis, soutenant ses pas, elle présenta la jeune assistante à ses sœurs, qu' Aloysia embrassa tour à tour l.

C'était la victime qu'on venait de couronner avant le sacrifice. Ces nouvelles charges, incapables de la rattacher à la vie, la contraignirent du moins à une activité qui tenait du prodige : « Je ne suis jamais sans souffrance, avouait-elle, mais le travail me distrait. » Se traînant sur ses béquilles, elle se portait partout où l'appelait son devoir : elle écrivait, elle dictait, elle donnait ses leçons, elle appelait ses élèves auprès de son lit de douleurs pour leur faire la classe; et que de fois ne l'a- 1- on pas vue, parcourant les dortoirs, se traîner de lit en lit pour porter quelques potions à des enfants malades! La mère générale activait encore son zèle, dans une correspondance dont malheureusement il ne reste presque rien. Mais l'œuvre particulière pour laquelle Dieu semblait vouloir prolonger ses jours, était la conversion de son jeune frère

1 Vie manuscrite, chap. v, p. 107.

LE SACRIFICE D'àLOYSIA 375

Henri, alors étudiant à l'école de droit de Grenoble, qui à cette époque vivait fort éloigné de Dieu et de la religion. Elle le recevait, l'exhortait, l'entourait d'amitié et d'édification ; son exemple commençait l'œuvre que son intercession devait achever bientôt après.

Au printemps de 1820, tout espoir s'évanouit. La malade ne quittait plus le lit, et le médecin annonça que le terme fatal n'était pas éloigné. Ce fut une grande douleur pour Mmo Barat. « Nous allons donc la perdre, cette pauvre petite qui nous est chère à tant de titres!... Ah! que nous sommes mauvaises et imparfaites, puisque, par nos péchés, nous rendons inutiles nos prières pour cette fille chérie! Hélas! combien de mères, à ma place, auraient obtenu la guérison de leur enfant1! » Aloysia, au contraire, heureuse de cette annonce, pria le médecin de la lui redire plusieurs fois, et, dès lors, elle ne voulut plus « entendre parler que de sa mort et du ciel ». La première personne à qui elle adressa ses adieux fut la mère générale. Elle le fit après plusieurs jours de recueillement, dans une admirable lettre qui se termine ainsi : « Je ne vous parle pas du désir que j'aurais de vous revoir, et de recevoir votre bénédiction avant que je meure. Je l'abandonne au sacré Cœur de notre bon Maître. Le Dieu des consolations saura bien en répandre d'abondantes sur vous. »

Elle consolait de même ses amies et ses compagnes : a Jetons un voile sur le chagrin que je vais vous causer, leur disait -elle, cet article est trop délicat. Mais Dieu fera tout pour vous : espérons en sa bonté. » La pensée de sa famille ne la trouva ni moins tendre ni moins géné-

1 A la mère Thérèse, Taris, 27 avril 1S20.

reuse. On venait de rappeler à la maison paternelle sa sœur Amélie , afin d'éprouver et de mûrir une vocation qu'elle semblait avoir puisée au chevet de la malade. Aloysia, l'encourageant dans cette voie, lui écrivit ces lignes, où l'amour de sa mère s'unit si délicatement à celui de son Dieu : « Ah ! que l'on est heureux, lorsqu'on est arrivé au moment où je suis, de n'avoir bâti de châteaux en Espagne que dans le Cœur de Jésus ! Je puis bien t'assurer que la mort, que l'on craint tant, loin de m'effrayer, me semble une miséricorde du bon Dieu sur moi : je l'attends tous les jours. Mais que cela soit pour toi seule : je ne voudrais pas affliger notre mère à l'avance; quant à toi, j'espère que tu envieras mon sort. »

Lorsqu'elle crut avoir dénoué une à une ses attaches terrestres, elle se mit en retraite. Durant ces jours de recueillement, elle faisait le chemin de la croix, méditait le Mémoire de la vénérable Marguerite-Marie, et s'enflammait, à cette lecture, d'une indicible ardeur pour le Cœur de Jésus-Christ. Elle s'attendait à mourir en la fête de son saint patron Louis de Gonzague, le 21 juin 1820. Ce jour l'ayant trouvée encore ici-bas, elle s'en plaignit à Notre- Seigneur dans sa communion. En cette même journée, les élèves lui ayant présenté un lis pour bouquet de fête : « Tant que je serai sur la terre , il n'y aura plus de fête pour moi, » répondit-elle tristement; et elle fit porter cet emblème de pureté devant la statue de saint Louis de Gonzague. Elle passa la fin de l'année dans cette attente quotidienne de sa délivrance, s'étonnant chaque matin de se retrouver vivante. Une fois qu'elle avait souffert plus que d'habitude: k J'ai cru deux ou trois fois que j'allais partir cette nuit, dit- elle, et je me vois encore ici. Ahl mourir, mourir ferait tout mon bonheur! »

DERNIERS JOURS D'ALOYSIA 377

Au milieu de janvier 1821 , la malade commença à entrer dans ce bonheur par une agonie de plusieurs jours. Ce fut une lutte cruelle entre la jeunesse et la mort. Dans une de ces heures d'angoisses , entendant monter à elle le tintement des cloches qu'il était d'usage, à Grenoble, de sonner pour les mourants: « Quand sera-ce mon tour? » demanda-t-elle. Elle fit ses adieux à la mère Thérèse: « Nos cœurs seront toujours unis! » lui dit-elle en levant les yeux. Elle reçut la bénédiction de M"r l'évêque, que ravissait le spectacle d'une si belle fin. « Ce n'est pas une sainte, c'est un ange! » disait-il.

La mère générale suivait de loin les phases de ce dernier combat. Chargeant la mère Thérèse de porter à sa fille sa bénédiction , elle lui écrivit ces lignes brisées par la douleur et que l'on dirait entrecoupées de sanglots : « Ma peine est adoucie par l'espoir de son bonheur! Fiat! Dieu s'est choisi cette victime innocente pour expier nos misères. Il est le maître. Il nous faut des exemples pareils : profitons de ces leçons! Ah! s'il m'était permis d'exprimer un désir, ce serait de la revoir avant qu'elle meure. Du moins, embrassez-la pour moi; dites- lui que je la bénis de toute l'étendue de mon cœur. Qu'elle prie un peu pour sa mère f . »

Lorsque Mme Barat écrivait cette lettre, Aloysia n'était plus. La veille, 21 janvier 1821, à six heures du matin, la mère Thérèse s'était retirée dans sa chambre, quand elle crut entendre, par deux fois, une voix qui l'appelait en disant: « Ma mère! ma mère! » Ne voyant personne autour d'elle, et ne pouvant comprendre d'où venait cette voix, elle songea qu'elle était peut-être demandée à Via-

1 Paris, 22 janvier 1821.

firmerie, située à l'autre extrémité de la maison. Lorsqu'elle y arriva, elle trouva sa fille près de rendre le dernier soupir: « Vous m'avez appelée, mon enfant, me voici! » La mourante leva les yeux sur elle pour la remercier. C'était un dimanche matin ; la cloche de Sainte-Marie ayant sonné la messe, elle dit en l'entendant : « 0 Jésus, agréez mon sacrifice que j'unis à celui de votre sang, que l'on offre à cette heure! » On tinta pour annoncer la bénédiction : « 0 Jésus, bénissez-moi! » Puis ce ne furent plus que des élans rapides et entrecoupés : « Mon Dieu, je suis sans force. Mon Dieu, je ne puis rien, mais je puis vous aimer. Prenez tous les battements de mon cœur, ils sont à vous. — 0 mon bon saint Louis, priez pour moi. — 0 Marie! 0 manière! — 0 Joseph ! obtenez-moi une bonne mort, priez pour tous. »

Sentant expirer sa voix, elle demanda qu'on dît le Salve Regina; puis elle cessa de parler : c'était le commencement du silence éternel. — Arrivée à ces mots du Salve : « Et après l'exil de cette vie, montrez-nous votre fils Jésus, » la mère Thérèse regarda sa liile qui finissait : « Courage, lui dit- elle, voici que le combat s'achève, vous allez voir Jésus. » Aloysia jeta sur le crucifix un regard joyeux, l'approcha de ses lèvres, le baisa et mourut dans ce baiser. C'était le jour de la fête de sainte Agnès, vierge et martyre. Aloysia n'avait pas accompli encore ses vingt-cinq ans.

Telle fut cette fin. C'est ainsi qu'on peut souffrir, c'est ainsi qu'on peut mourir, quand on a tout donné. C'est ainsi que l'amour a le don de transformer, de déifier toute chose. « 0 aimer! ô mourir! dit saint Augustin, mourir à soi-même pour aller à Dieu; là est le bonheur! »

En apprenant cette mort, le premier mouvement de Mme Barat fut de se tourner vers le ciel : « Une âme si

PRÉCIEUSE MORT D'âLOYSIA 379

pure pourrait-elle 3tre ailleurs? » se demandait-elle dans une lettre. Ce qui accrut celte assurance, ce furent les prodiges que l'on attribua dès lors à cette sainte enfant de Dieu, et surtout les effets de sa protection sur ceux de sa famille. « J'attends après Pâques, au noviciat, vos deux nièces Amélie et Constance, écrivait le 2't mars la supérieure générale à Mmo Duchesne; elles persévèrent dans leur vocation. Leur frère Henri veut être jésuite. C'est un vrai coup de la grâce, car, avant la mort de sa sœur, il en était bien loin. Nos dames vous porteront la relation des prodiges qui s'opèrent par son entremise. Quelle consolation pour vous ! »

Nous n'avons pas à citer ici les réponses de Mmo Duchesne, ses pleurs, ses actions de grâces, ses admirations, et aussi sa profonde humiliation de se voir dépassée de si loin par une enfant.1 Aussi bien , d'autres événements nous rappellent à Paris.

Vers cette époque, en effet, une plus grande existence est faite au Sacré-Cœur : ses œuvres de zèle s'organisent, son action se dilate. Le livre suivant nous fera voir cette action s'exerçant dans l'éducation. Mais de cette dilatation et de ce progrès même surgit pour la Société un péril nouveau : le péril de l'éclat, de la grandeur humaine et de la haute faveur. C'est un autre genre d'épreuve au juel le Seigneur va soumettre ses épouses. Et à combien, hélas! d'institutions semblables ne fut-elle pas fatale! Mais le Cœur de Jésus veille sur sa famille; la contagion mondaine ne l'atteindra pas. Mme Barat y pourvoira, et nous verrons comment la servante de Dieu, conjurant ce danger, sut maintenir, par son exemple, non moins que par ses leçons, l'esprit de simplicité et de pauvreté religieuse dans son institut.

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