CHAPITRE PREMIER
LE TROISIÈME CONSEIL GÉNÉRAL — L'ÉDUCATION l'esprit DE PAUVRETÉ — l'hôtel BIRON
L'année 1820 marque, dans le siècle présent, une heure de grande lutte entre le bien et le mal. Il y avait, départ et d'autre, tant de forces vives dans cette première partie de notre xixe siècle! D'un côté, la Religion, délivrée des entraves du régime précédent, essayait de reprendre son salutaire empire: Frayssinous prêchait, la Mennais écrivait, de Bonald pensait, Chateauhriand chantait, et déjà la patrie sentait couler sur son sein, meurtri par tant de blessures, un baume qui la vivifiait. Mais d'un autre côté, l'impiété révolutionnaire ne se tenait pas pour vaincue, et de Maistre, près de mourir, dictait ces lignes sinistres: « Je m'en vais avec l'Europe; c'est s'en aller en bonne compagnie f. » La France retournait à ses
i Lettre à M. de Marceline
égarements. Il n'y avait que cinq ans que la restauration des institutions publiques semblait inaugurer une ère de stabilité, lorsque l'assassinat du duc de Berry, éclatant comme un coup de foudre, éclaira les abîmes dans lesquels nous n'avons cessé de rouler depuis ce temps-là. « Les suites de cet événement seront incalculables, écrivait ]\Ime Barat le 19 février, nous voici réservés encore à bien des orages. » Et quelques jours après : « Désirons la vraie patrie : celle-ci n'est plus que l'empire du crime et des forfaits *. »
Le dirai-je? quelquefois la défense de la vérité créait à la religion presque autant de périls que l'attaque ellemême. Chateaubriand ornait des fleurs magiques de son style le portique du temple, mais il en cachait la croix; et ce grand poète, sans le savoir, conduisait les âmes sur des pentes dangereuses. Dans un grand nombre d'esprits, surtout parmi les femmes, le beau prima le vrai; l'imagination prit la place de la foi, et le christianisme de Chateaubriand , bientôt énervé encore par celui de Lamartine , supplanta pour longtemps la solide religion de Bourdaloue, de Bossuet et des austères docteurs du XVIIe siècle.
A cette séduction des livres se joignait celle des exemples. Mme de Staël venait de mourir: et l'éclat croissant qui entourait sa mémoire montrait aux femmes comment on peut se faire un nom, sans beaucoup de religion ni beaucoup de vertu. Au-dessous d'elle, une autre femme, Mm"-de Genlis, quoique fort âgée alors, continuait par l'autorité de ses écrits , la vogue de ses romans et le haut rang de ses élèves, les ravages que l'éducation à la grecque et à
1 A M»8 Duchesne, 19 février. A Mme du Chastaiguier, il mars.