‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 160 sur 236 · SITUATION DES ESPRITS · texte numérisé non relu

SITUATION DES ESPRITS

la romaine, l'éducation à la Jean -Jacques, avaient faits dans la société du XVIIIe siècle. N'était-il pas temps de réparer ces maux, de prévenir ces périls, d'arrêter ce courant ? Et le sacré Cœur de Jésus n'allait-il pas s'emparer définitivement de ces jeunes générations de femmes et de filles, pour sanctifier les sources d'où tout bien comme tout mal découle sur un pays?

L'éducation des femmes a été de tout temps une des sollicitudes de l'Eglise catholique. Elle l'était devenue surtout depuis le xvi° siècle, lorsque, à la suite de la Réforme et de la Renaissance, l'esprit de foi se refroidit et menaça de s'éteindre au foyer domestique , qui est naturellement l'école de la jeune fille. Depuis lors un grand nombre d'ordres et de congrégations avaient ouvert à l'enfant ces asiles monastiques recommandés par Fénélon , et dont Bossuet célébrait la religion et le bonheur1. C'étaient les Ursulines, les Bénédictines, les Visitandines, et beaucoup d'autres sociétés dont Mme Barat ne manquait jamais, à chaque occasion, de préconiser le mérite et les travaux. Le Sacré-Cœur ne prétendait ni les remplaceer ni les supplanter. Il venait, à son heure, et le dernier de tous, travailler à la môme œuvre, en lui imprimant son caractère spécial d'Institut consacré à l'amour de Jésus-Christ, en mettant à son service l'expérience consommée que les Jésuites, ses premiers pères, avaient acquise dans leurs collèges.

1 Bossuet, Oraison funèbre de la princesse palatine, lre partie. — Fé>elon, Avis à une dame de qualité sur l'éducation de mademoiselle sa fille : « Vous pourriez choisir quelque bon couvent où l'éducation des pensionnaires serait exacte... Les yeux d'une mère sage, tendre et chrétienne découvrent saus doute ce que d'autres ne peuvent découvrir; mais comme ces qualités sont très rares, le plus sïir parti pour les mères es* de confier aux couvents le soin d'élever leurs filles , etc. ■

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Établir pour les filles un ordre de choses analogue, mais avec le tempérament nécessairement demandé par les facultés et les attributions particulières de la femme : tel avait été, dès l'origine, le dessein du Père de Tournély et de son successeur. Le Conseil de 1815 en avait commencé l'organisation : ce fut principalement en vue de l'achever que Mme Barat convoqua le conseil de 1820.

Toutes les supérieures des maisons s'y rendirent; et quand on jette les yeux sur la liste de leurs noms , on admire combien toutes, à divers degrés et à différents titres, étaient propres à cet ouvrage. Les unes, comme Mme de Charbonnel, avaient, dès leur enfance, recueilli les traditions de ces vieilles familles françaises, si chrétiennes, si nobles dans la simplicité de leur vie de province. D'autres, comme Mm0 de Gramont d'Aster, avaient connu successivement la noblesse de la cour et celle de l'émigration, et élevé dans l'exil les enfants de cette société plutôt éprouvée qu'instruite par ses revers. Les mères Geoffroy et Desmarquest connaissaient mieux les filles de la classe moyenne. Les pauvres, les orphelines n'avaient cessé d'être la prédilection et l'occupation de Mmo de Lalanne, à laquelle la mère Barat adressa personnellement cet appel amical : « J'ai le plus grand désir de vous connaître, ainsi que votre petite famille, que je porte bien avant dans mon cœur. Nous comptons donc sur vous à Paris. Toute la Société sera empressée de vous connaître. Elle sait déjà la grandeur de votre zèle et de votre dévouement. »

Le Conseil se réunit le 12 août. Il fut précédé par un Triduum mémorable, dans lequel le P.Varin présenta éloquemment le côté divin de l'Institut dans sa mission, son histoire, son esprit, ses devoirs. Ce fut le 15 août, fête de l'Assomption, que les séances s'ouvrirent en présence de

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