LE TROISIÈME CONSEIL GÉNÉRAL
ce Père, et sous la présidence de M. l'abbé Perreau, supérieur général de la Société. M. l'abbé Frayssinous, nommé, vers ce temps-là, supérieur ecclésiastique de la maison de Paris, y vint aussi quelquefois apporter ses lumières, moins en qualité de membre du Conseil royal de l'Instruction publique, qu'en qualité d'ami, de protecteur et de père. Le Père Loriquet y fut appelé d'Amiens, pour le plan des études. C'est avec le secours de ces graves esprits que l'œuvre des pensionnats reçut le complément de sa législation, déjà formulée dans la seconde partie des Constitutions, mais que nous avons réservée pour la présenter ici dans un tableau d'ensemble.
Rien d'extraordinaire ne la distingue, à première vue; et à s'en tenir à la lettre, il n'y a guère là que ce qui s'enseigne et se pratique à peu près partout. La grande chose qui cependant la particularise, c'est l'esprit qui l'anime, l'esprit du sacré Cœur; de sorte que l'éducation donnée par la Société pourrait se définir d'un seul mot qui dit tout : L'éducation du Cœur sacré de Jésus-Christ. Ce divin Cœur enseigné, aimé, servi, imité, est le centre d'où tout part et où tout aboutit, et les règles particulières ne sont que les rayons qui jaillissent de ce centre et ramènent à lui.
De là, le premier caractère que nous y remarquons: Y élévation surnaturelle de son principe et de sa fin. Certes, cette fin ne fût-elle que la formation des âmes, ce serait déjà là un objet sublime. Cependant, plus haute encore, plus divine est la vue qui préside ici à l'éducation. Epouses avant d'être mères, les religieuses du Sacré-Cœur ne sont pas premièrement aux enfants et aux âmes, elles sont à leur Epoux, elles sont à Jésus-Christ. « Vous vous tromperiez, disait le Père Varin aux mères du Conseil; vous vous tromperiez, mes sœurs, si vous croyiez que la pre-
mière fin de votre Institut, c'est l'éducation; non, c'est la dévotion au sacré Cœur de Jésus. » L'œuvre des âmes en découle nécessairement sans doute, mais subséquemment. Les instructions, les lettres, soit du fondateur, soit de la fondatrice, n'ont pas de déclaration plus fréquente et plus formelle que celle-là.
Jésus ayant dit : Ce que vous aurez fait à l'un de ces petits, vous l'aurez fait à moi-même, l'Institut ne voit plus que lui dans sa famille d'enfants. Ainsi ce que les maîtresses considéreront, respecteront, vénéreront, j'allais dire adoreront dans leurs élèves, ce sera « le sang de Jésus-Christ, qui les a rachetées, qui les a baptisées, qui les communiera, qui les couronnera ». Ce qu'elles s'efforceront de mettre ensuite dans leurs âmes, ce sera la lumière, la grâce, l'âme, la vie de Jésus, « tournant leurs jeunes cœurs vers son Cœur adorable, et leur faisant reconnaître, dans cet aimable Cœur, le centre et le foyer de cet amour ardent dont il a brûlé pour les hommes ». Cherchent-elles à « gagner le cœur de leurs enfants, que ce soit en se proposant de les rattacher à Lui ». Veulentelles que leur amour pour les enfants soit « tendre sans faiblesse, sans familiarité, sans acception de personnes, pur, désintéressé, noble, comme le veulent les règles, qu'elles en cherchent la source et le modèle en Lui ». S'il leur est permis, toutefois, de préférer les pauvres, dont le soin, comme il est dit, est l'œuvre par excellence du sacré Cœur de Jésus, ce sera parce que le grand pauvre, le premier pauvre, c'est Lui. Si , ayant à travailler, à combattre et à souiTrir, elles veulent cependant ne trouver que douceur au sein Je leurs travaux, elles se rappelleront pour cela « qu'elles sont les instruments de sa miséricorde à l'égard de ces âmes pour lesquelles il a voulu
l'éducation du sacré -cœur 389
mourir sur une croix, et qui sont la portion chérie de son troupeau. Dès lors, qui ne trouvera doux de souffrir pour Lui ' »?
Le Cœur de Jésus étant le principe , le modèle et l'inspiration de l'éducation, il faut de plus que son règne en soit le but suprême; et ce que l'Institut se propose de faire fleurir par ces enfants qui seront les femmes de l'avenir, c'est la loi de l'Evangile au sein de la famille. « Quel bien, est- il dit, quel bien ne peut pas faire une épouse chrétienne, une mère de famille vertueuse et attachée à ses devoirs! Combien d'époux, ramenés par les exemples, les soins, la douceur et les prières d'une femme solidement pieuse! que de générations peuvent devoir leur salut à une mère selon Dieu! » Enfin, au delà du règne de Jésus-Cbrist sur la terre, l'Institut voit Favènement de son règne dans le Ciel, et il montre les maîtresses heureuses de pouvoir un jour « présenter à leur Epoux les cœurs d'une multitude innombrable d'enfants qu'elles auront formées sur son modèle, et qui propageront son culte, son amour, sa gloire ». Envisagée de cette sorte , l'éducation se transfigure ; ce n'est plus seulement une œuvre de maternité, c'est l'exercice d'un sacerdoce; et l'école, cessant d'être le simple supplément du foyer domestique, se change en un sanctuaire, où, de quelque côté qu'on se tourne, on est, pour ainsi dire, enveloppé de la présence et de la puissance de Dieu.
1 C'est pnsque la traduction de ces admirables paroles de saint Charles à ses prêtres : « Si animas rcgis, meditare quo sanguine sint lavatae, et omnia vestra in caritate fiant. Sic difficultates omnes quas innumeras in dies experiamur necesse est, in hoc si quidem positi sumus, facile vincere poterimus. Sic vires habebimus parturiendi Chiistum in nobis et in aliis. {Ex sancti Caroli concione 2, in synodo xi , ad clerum.)
Un autre caractère, — car ici nous ne pouvons que tracer les grandes lignes, — un autre caractère, bien fortement prononcé, de cette éducation, c'est sa solidité. L'éducation religieuse, l'éducation intellectuelle et professionnelle sont marquées à ce coin. En religion, rien de mou, de vague, de raffiné, de superficiel. La piété de surface, la piété de sentiment et d'imagination sont un si grand péril chez les femmes ! « On voit tant de jeunes personnes, disent les Constitutions, après les démonstrations de la plus tendre piété, se laisser entraîner aux plaisirs du monde, pour avoir préféré se nourrir de tendres sentiments, plutôt que de s'enraciner dans la foi, la crainte de Dieu et l'horreur du péché, dont les suites sont l'éternelle séparation de Dieu et les supplices de l'enfer. »
Loin de bâtir la vertu et la piété des jeunes filles sur ce sable mouvant, le Sacré-Cœur ne veut pour elles que ce que Bossuet nomme a l'incompréhensible sérieux de la vertu chrétienne ». On leur fera donc une piété solide dans ses principes; et voilà pourquoi la doctrine chrétienne « sera l'étude principale des enfants et le premier objet de l'enseignement ». On leur fera une piété solide dans ses motifs, « affermissant en elles la foi et la crainte de Dieu, commencement de la sagesse; tournant ensuite, il est vrai, leurs cœurs naturellement sensibles vers le Cœur aimable de Jésus-Christ, mais en les modérant, leur laissant même toujours quelque chose à désirer, remettant sous leurs yeux l'austère mystère de la croix; et, par la vue de ce que Jésus-Christ a souffert, les animant à travailler et à s'immoler pour lui. » — On leur donnera surtout une piété solide dans ses résultats, « en leur faisant sentir que la véritable vertu consiste dans l'accomplissement des devoirs de son état, et que toute piété non fondée sur