‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 162 sur 236 · LA PIÉTÉ SOLIDE DANS L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

LA PIÉTÉ SOLIDE DANS L'ÉDUCATION

ce principe n'est que vaine chimère et illusion funeste ». On leur proposera enfin une piété aussi solide que haute Jans son modèle, « les formant, est-il dit encore, à la connaissance et à l'amour de Jésus-Christ, qui présente dans sa personne, d'une manière si aimable, l'exemple et la pratique de toutes les vertus. » Ainsi, prévenant les défauts les plus ordinaires de la piété des femmes, l'éducation du Sacré-Cœur doit tendre à opposer une foi positive aux vagues rêveries, la raison au sentiment, la sagesse à l'exaltation, et aux langueurs amollissantes une généreuse force.

La même solidité fera le fond de l'instruction. Quel en sera l'objet? Les Constitutions se contentent d'indiquer la grammaire, les lettres, le calcul, l'histoire et la géographie; mais en ajoutant ces lignes qui élargissent grandement le champ de ces études : « Il faudra leur faire apprendre tout ce qu'il leur importe le plus de savoir pour la conduite de la vie et l'agrément de la bonne société. » — « La science des femmes, dit Fénelon, comme celle des hommes, doit se borner à s'instruire par rapport à leurs fonctions. La différence de leurs emplois doit faire celle de leurs études ». »

Or pour remplir ces fonctions de femme, d'épouse et de mère, que de choses sont requises! — Premièrement: posséder une culture d'esprit sérieuse et délicate, et avoir le moyen de se procurer ainsi la plus haute des distinctions, la plus précieuse des ressources et le plus noble des plaisirs; savoir penser et lire avec discernement, apprécier avec goût, écrire avec correction, et, s'il se peut, avec agrément ; posséder, pratiquer cet art de bien dire par où

1 Éducation des filles ,ch. xi.

régnent les femmes, et, pour cela, être riche de ces connaissances variées qui tirent l'entretien de la vulgarité ou de la frivolité dans laquelle il se traîne le plus ordinairement; — puis, être pour son mari une compagne d'intelligence en même temps que d'âme et de cœur, lui servir au besoin de conseil comme d'appui, pouvoir mettre en commun le trésor des lumières comme celui des affections, partager avec lui les jouissances de l'esprit si préservatrices, et même l'y initier s'il ne les connaît pas; — enfin être capable de guider les premiers pas de ses fils et de ses filles dans la science comme dans la vie, et, par ce côté encore, conserver longtemps le respect et l'influence dans l'intérêt de la vérité et de la vertu : que de trésors d'instruction une pareille tâche ne suppose-t-elle point!

Mais si là est le but des études de la femme, là en est aussi la mesure; et il faut lire dans le texte des Constitutions les précautions que prend l'Institut contre le vide, le frivole, le superflu dans ce genre: c'est vraiment admirable! S'il commence par demander qu'on rédige un plan d'études, la première chose qu'il stipule, c'est « qu'on en bannira entièrement tout ce qui n'est propre qu'à nourrir la vanité , et qu'il sera basé sur l'esprit d'humilité et de simplicité qui fait le caractère de la religion de Jésus- Christ ». — « Je crains pour la femme le goût du bel esprit, » écrivait Fénelon avant le comte de Alaistre; la science éclatante est-elle dans les attributions et la mission de la femme? serait-elle même sans danger pour l'exercice de son devoir, la fleur de sa vertu, et la délicatesse de sa distinction? N'y a-t-il pas pour elle une réserve de savoir, une certaine pudeur d'esprit qui est une de ses grâces?

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