‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 163 sur 236 · MODESTIE DANS L'INSTRUCTION · texte numérisé non relu

MODESTIE DANS L'INSTRUCTION

C'est pour la protection de cette modestie que le Sacré- Cœur proscrit de l'enceinte de ses pensionnats le déploiement de ces pompes et séances publiques qui, d'un sanctuaire de jeunes filles, feraient un théâtre ou une académie. C'est en considération de cette solidité de leur instruction qu'il prend garde d'exciter ce qui ne tendrait qu'à développer chez elles la sensibilité ou l'imagination. Ainsi ne fait-il que se prêter, — et encore en toute réserve, — à la culture dissipante des arts d'agrément. Leur envahissement est tellement à craindre! Ils peuvent tant surexciter les facultés inférieures au détriment des plus hautes ! Il est même si facile « d'excéder, dans cette partie délicate, ce que permet la morale de Jésus-Christ »!

Mais il n'en est pas de même du devoir professionnel, de l'économie domestique, du travail manuel, qu'il regarde comme un trésor, une préservation, un besoin pour beaucoup, une ressource pour d'autres, un mérite et un ornement pour toutes. Même il prescrit que, dans le choix des travaux enseignés dans ses écoles, on préfère, d'ordinaire, l'utile à l'agréable. Evidemment il s'est souvenu de la Femme forte des saintes Écritures, qui tourne le fuseau, file la laine et le lin, et met la main à de rudes ouvrages.

Voilà l'œuvre dans son but, voilà l'œuvre dans son fond. Maintenant, les ouvrières elles-mêmes, que seront-elles? C'est la dernière question , et la réponse découle de ce que nous venons de voir.

Œuvre d'intelligence, l'éducation demande des maîtresses instruites. C'est à quoi l'Institut pourvoit en organisant dans son noviciat un cours d'études, que l'on devra , au besoin, prolonger au delà. Toutefois, s'il croit devoir appliquer les novices à leur instruction, ce n'est pas sans

entourer de précautions jalouses cet arbre de la science, dont les fruits sont si divers. Il y a la science qui dissipe, et l'Institut prend garde que « l'application au travail n'affaiblisse l'esprit de recueillement et de ferveur ». Il y a la science qui enfle; et l'Institut, mettant à la base de tout « l'esprit d'humilité et de simplicité », avertit les maîtresses « de se tenir en garde contre la prétention de devenir des femmes savantes ». — « Surtout, disait le Père Yarin aux mères du Conseil, gardez-vous du ridicule d'être des femmes savantes. » De même Mmo Barat en écrivait ainsi à une de ses filles : « Il est essentiel que vous soyez instruite pour instruire vos enfants, mais modérez-vous dans l'étude. Eh! mon Dieu, ma fille, à quoi nous servira d'avoir enseigné les sciences et d'avoir perdu tant de temps à les apprendre, si, en même temps, nous ne pouvons toucher les cœurs, vivifier les consciences, et enseigner aux âmes la parole de vie *? »

Œuvre de dévouement, l'éducation demande, non plus seulement des maîtresses qui sachent, mais des mères qui se donnent. C'est sous ce nom que les Constitutions les désignent. Elles veulent que « la maîtresse générale du pensionnat, en particulier, se regarde comme tenant lieu de mère à toutes les enfants qui lui sont confiées »; qu'elle ait pour elles « un cœur de mère »; un cœur de mère tendre qui veille sur leur corps et sur leur santé, mais, par-dessus tout, un cœur de mère chrétienne qui ait perpétuellement ouvert sur leurs âmes le regard vigilant et tremblant d'une vierge.

Puis, comme le dévouement exige des forces, de grandes forces, on recommande à ces mères de ménager les leurs,

1 A M™e du Chastaignier, 30 octobre 1813.

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