LA SCIENCE ET LE DÉVOUEMENT
de les respecter comme un don du Ciel, non certes pour elles-mêmes, mais afin de les consacrer tout entières, sans réserve, à leur chère famille: « Pour l'arnour de Jésus, mangez et dormez bien, écrivait Mmo Barat à la mère Prévost; vous êtes nourrice d'un grand nombre d'enfants. 11 faut des forces corporelles et spirituelles, ma fille, pour allaiter et soigner tout ce monde1. » Tanquam si nutrix foveatfiiios, disait le grand Apôtre en parlant de lui-même. La Règle a un chapitre entier sur ce devoir de ménager sa santé pour l'éducation. « C'est pour cela, est-il écrit, que, dans la Société, la manière de vivre est commune et ordinaire, la nourriture saine et en quantité suffisante, les récréations obligatoires, et la durée du sommeil de sept heures et demie. C'est encore pour cela qu'on n'y établit ni veilles, ni austérités de règle, ni jeûnes, en dehors de ceux que l'Église prescrit. » — « La garde de vos enfants , le travail de vos élèves, voilà votre lit de paille, votre pain noir et vos cilices, » disait Mmo de Maintenon aux Dames de Saint-Cyr.
Est-ce à dire cependant que toute pénitence volontaire soit interdite ici? Serait-ce aimer Jésus que de ne pas aimer et embrasser sa croix? Et qui pourrait comprendre la religion du Sacré-Cœur sans mortification, son culte sans sacrifice, son apostolat sans immolation? Quelle maîtresse ne sait d'ailleurs que souvent le suprême moyen de sauver une enfant est de souffrir pour elle, et qu'il y a des heures où, selon la parole de l'Écriture, c'est « faire négligemment l'œuvre de Dieu que de lui refuser le témoignage du sang 2 »? — « C'est pourquoi, disent les règles,
1 Paris, 26 avril 1818.
2 Maledietus qui facit opus Domini lïaudulenter, et maledictus qui prohibet gladium suum a sanguiue. [Jerem., cap. xlvih, 10.)
si personne ne doit, de soi-même, se livrer à ces actes de pénitence extraordinaires, on pourra néanmoins les pratiquer d'une manière louable avec la permission de la supérieure. » C'est elle qui, consultant les obligations, le tempérament, les besoins de chacune en particulier, accordera prudemment ce qu'elle croira utile à l'avancement de ses tilles, sans jamais leur permettre des indiscrétions qui, en les épuisant, seraient un larcin fait à ce qu'elles doivent au devoir de leur profession.
Élevée dans ses vues, solide dans son fond, intelligente et dévouée dans son exercice: telle est donc, en résumé, l'éducation, — je n'ose dire telle que le Sacré-Cœur la pratique, — mais, du moins, telle que l'avait conçue la mère Barat, et qu'à son exemple l'Institut s'efforce de la pratiquer. Or, pour y parvenir, que faut-il ? être sainte : finalement tout est là. « Occupez-vous d'abord de sanctifier vos religieuses, disait le Père Varin aux mères du Conseil. Qu'elles soient saintes, et dès lors elles formeront des saintes; qu'elles vivent de Jésus, et elles le feront vivre chez les autres !» — « Le plus nécessaire et le principal moyen de sanctifier le prochain, devra être le soin de leur perfection propre, » disent pareillement les Constitutions. Et ailleurs : « C'est ainsi que, sans cesse occupées du soin de leur propre perfection et de la sanctification des âmes, dans le désir de glorifier le sacré Cœur de Jésus, les Dames de la Société rempliront toute l'étendue de leur vocation, et arriveront au terme de la glorieuse immortalité, pleines de confiance et de mérites, pour être réunies à leur divin Epoux '. »
Le Conseil général de 1820 délibéra sur d'autres ques-
1 Constitutions, IIIe partie , chap. vi, 19, p. 121,