‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 171 sur 236 · FONDATION AU GRAND COTEAU · texte numérisé non relu

FONDATION AU GRAND COTEAU

quêtes, « Cet établissement, observait la stratégie de l'ardente missionnaire, reliera Saint- Charles à la Nouvelle-Orléans: nous tiendrons ensuite toute la Louisiane en longueur. » L'offre fut acceptée, et Mm0 Aude, nommée supérieure, partit avec une sœur pour en prendre possession. « Elle a pleuré de joie, écrivait Mm0 Duchesne, en se voyant appelée au rude honneur d'élever un nouveau sanctuaire au sacré Cœur de Jésus. » Mm0 Barat lui écrivit pour l'en féliciter, et dans quel énergique et sublime langage! « Ayez confiance, ma fille, le Cœur de Jésus vous donnera ce qui vous manque, et votre nouvel établissement prospérera. Seulement laissez- vous clouer à votre croix. Si elle dépasse, bientôt vous la couvrirez tout entière et au delà, parce que Jésus vous revêtira de lui-même, et alors vous surpasserez toutes les choses de la terre, et rien au contraire ne vous surpassera1. »

En France, Mmc Barat recevait de toutes parts des demandes pareilles; elle les attribuait à un accroissement de dévotion pour le Cœur de Jésus. « Au sein de nos révolutions, écrivait- elle, Dieu protège la France, rien n'est plus évident... Soyons fidèles et prions. Un temps consolant se prépare par la dévotion au sacré Cœur*. »

Un ancien ami de la Société, devenu évêque du Mans, Mgr de la Myre, offrait à Mmo Barat les restes d'une antique abbaye bénédictine, contiguë à l'église de Notrc- Dame-du-Pré, sur le bord de la Sarthe. La mère de Gramont d'Aster fut appelée de Quimper pour être supérieure de cet établissement. On en prit possession le 21 novembre 1821 , en la fête de la Présentation de la sainte

i Paris, 10 février 1822.

* A la mère Thérèse , 3 avril 1 821 .

Vierge. Les commencements furent pénibles et extrêmement pauvres. Les religieuses en furent réduites à se nourrir d'un pain si grossier, que les mendiants eux-mêmes n'en voulaient pas. On raconte qu'un jour, un de ces malheureux, regardant le morceau qu'on venait de lui donner: « Tu n'en manges pas de comme cela! dit-il à la portière. — Si fait, mon ami, lui répondit- elle, il n'y a que nos enfants qui en mangent du blanc. » Alors il la regarda d'un air stupéfait, prit le pain et la remercia. Au sein de la misère commune, la plus pauvre de toutes était la supérieure; elle se privait de tout, elle ne portait que de vieilles pèlerines usées et rapiécées. Les enfants, en la voyant ainsi mal vêtue, ne pouvaient croire que ce fût une grande comtesse, et qu'elle eût porté jadis de belles robes à la cour du roi de France1.

La fondation d'Autun suivit de près celle du Mans : elle eut lieu en avril 1821. On avait d'abord jeté les yeux sur Paray-le-Monial. Mm0 Barat se relira devant les droits héréditaires de la Visitation. « Impossible de penser à la maison de Paray; les Visitandines la demandent pour elles, il est juste de la leur céder, et M** d'Autun travaille à la leur rendre2. » L'établissement offert par M61" de Vichy aux dames du Sacré-Cœur était un autre couvent de la Visitation, celui qu'avait fondé, en 1624, Mm0 de Chantai elle-même. C'est là que cette sainte mère avait établi pour première supérieure la jeune Hélène de Chastellux, à qui elle recommandait « d'y planter, comme en un petit parterre, la très sainte et très douce charité, et la très humble simplicité ». Le jardin conservait le gros arbre

1 Note de la mère Honorine Petiot.

2 A la mère Thérèse, 12 juin 1821.

Page 1