FONDATIONS AU MANS ET A AUTUN
sous lequel Mmode Chantai avait coutume de s'asseoir pour faire ses conférences; la sacristie possédait plusieurs ouvrages de ses mains; on montrait encore sa stalle dans la chapelle; on y gardait aussi le tombeau de Mrao de Toulongeon, sa fille. On racontait que ces murs s'étaient élevés au son de concerts extraordinaires qui semblaient venir du ciel. Mais plusieurs fois profané par la révolution, le monastère n'offrait plus aujourd'hui que des décombres. Mmo Barat y envoya la mère de Charbonnel pour les premiers travaux. « On lui donne une grande maison et quelque peu d'argent, mais c'est tout, écrivait la mère générale. Pour le reste, elle s'en tirera, dit-elle, avec de la paille. Quelle excellente mère1 ! »
Mme Barat désigna comme supérieure d'Autun la mère Victoire Paranque. Deux élèves d'espérance, Élisa de Mac- Mahon et Aglaé Varin, nièce du fondateur, toutes deux appelées à entrer dans la Société, commencèrent le pensionnat. On ouvrit aussi une école des pauvres. Dans les décombres de l'église se trouvait une statue de la Mère de Dieu portant son fils dans ses bras. La tradition rapportait que pendant la révolution, un forcené ayant tiré sur l'image fleurdelisée de la Vierge divine, on avait vu aussitôt l'Enfant, détournant la tète, prendre l'attitude d'effroi et d'indignation que sa tète conserve encore. La statue fut placée dans la petite école, où Marie signala bientôt sa protection sur ses pauvres enfants ». Mmo Barat ne tarda pas à aller visiter un lieu consacré par de si pieux souvenirs.
A peine fut- elle de retour, que Dieu lui accorda la plus
1 A la mère Geoffroy, 17 avril 1822.
2 Lors de la suppression de la maison d'Autun, la statue fut transportée au Sacré-Cœur de Moulins, où elle est honorée sous le nom de Notre -Dame -des -Miracles.
désirable comme la plus inattendue des consolations. Depuis sa séparation d'avec la Société, la maison de Gand avait passé par de pénibles épreuves. Le gouvernement persécuteur des Pays-Bas avait dissous son pensionnat, dispersé sa communauté. Dans cette extrémité, une des principales mères, Mm0 de Limminghe, se ressouvint du Sacré-Cœur. A la fin de l'année 1822, elle arriva à Paris, où après une grande retraite de trente jours, elle fut réintégrée dans la Société par Mme Barat. Heureuse de l'accueil qui venait de lui être fait, elle pressa sa supérieure, Mmo de Penaranda, de venir elle aussi faire l'expérience de la bonté de leur ancienne mère. Celle-ci y fut, en effet, au commencement de janvier 1823, avec son assistante, Mm0 Henriette Coppens. Elles se jetèrent aux genoux de Mmo Barat : « Ah ! que ne reviennent-elles toutes! » s'écria celle-ci en les embrassant. Dix-sept religieuses de Gand suivirent cet exemple1. Celles qui étaient entrées en religion depuis la séparation refirent leur noviciat. Les autres , et à leur tête Mm0 de Penaranda, furent reçues aussitôt professes du Sacré-Cœur, en présence du Père Varin. « Il a fait un discours charmant et tout à fait analogue à la circonstance, raconte Mm0 Barat. Il a fini en prédisant aux nouvelles religieuses qu'elles seraient les instruments du Cœur de Jésus, pour porter un jour son Institut en Belgique; c'est probable! » Puis, admirant comment cette réunion s'était accomplie d'elle-même, sans que personne
1 Les autres religieuses demeurèrent en Belgique, où, sous la conduite de Mme Agnès Verûelle, en religion mère Agathe, elles purent reconstituer leur Congrégation de Dames de l'instruction chrétienne. C'est une Société très édifiante , approuvée par le Pape en 1827, et encore en possession de plusieurs excellentes maisons dans les Pays-Bas.