‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 178 sur 236 · MAUVAIS ÉTAT DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

MAUVAIS ÉTAT DE GRENOBLE

gêne! » — « Ah! que Ton doit craindre les dettes! écrivait-elle encore; c'est la perte de l'esprit religieux; les suites en sont effroyables! »

Mmû Barat était encore plus affectée, « renversée, » comme elle s'exprimait, de l'état du spirituel. Surtout depuis la mort de son Aloysia, la mère Thérèse se consumait en impatientes ardeurs pour le ciel, mais sans r^arder assez du côté de la terre1. Dans la communauté les âmes restaient sans guide, la direction était sans suite, la correction sans mesure. Dans le pensionnat l'éducation languissait, faute de discipline. La clôture elle-même n'était plus protégée. Pour favoriser la dévotion publique envers la pieuse Aloysia, on ouvrait à tout le monde l'accès de la maison avec celui de son tombeau; on donnait à ses miracles une publicité plus téméraire encore, en dépit des sages conseils de la mère générale : i Vous vous ferez tort ainsi ; tâchez donc de vous retirer, et de rentrer dans l'oubli et dans la solitude. Si le bon Dieu veut glorifier sa fidèle servante, il le fera de manière à confondre ses ennemis : sinon que sa volonté soit faite et non la nôtre2. » Mais en vain Mm0 Barat adressait -elle à sa chère Thérèse ces leçons maternelles, fort sévères parfois : elle n'était pas comprise. Dieu voulait lui montrer, par cet exemple , comment, faute de certaines qualités pratiques, une maison peut périr, même entre les mains d'une sainte.

Ces peines pesaient d'autant plus à Mm0 Barat que, par excès de charité, elle craignait d'en décharger son cœur en les versant dans celui de ses amis et de ses assistantes. Le Père Varin la reprit de cette discrétion, qui était une

» Voir Paris, 25 mars 1821 , et lettres suivantes. 2 Paris , 19 mars 1S22.

faute : « J'ai appris par votre dernière lettre à la mère de Charbonnel, que vous n'osiez pas dire tout ce que vous souffriez, lui écrivit-il. Vous dirai-je que vous concentrez trop vos peines dans votre cœur? C'est pour vous une vieille habitude; mais aussi, voilà le glaive qui use le fourreau. Ah! que ne m'est-il donné, comme à votre plus ancien -ami et au plus dévoué dans le Seigneur, de pouvoir apporter à votre âme quelque consolation! Rien n'est plus juste, en effet; et personne ne doit plus compatir à vos souffrances que celui dont Dieu a voulu se servir pour vous jeter sur une mer où vous avez été continuellement en butte aux orages. Je ne me contenterai donc pas de vous dire comme toujours : Courage et confiance! mais puissé-je obtenir de notre bon Maître qu'il vous en remplisse, et qu'il vous rende doux et léger le joug qu'il vous a imposé, et que vous portez pour son amour l, »

MmG Barat était une de ces natures délicates, extrêmement sensibles, dont Fénelon disait: « Dieu a mis dans votre tempérament un grand trésor, en y mettant de quoi brûler à petit feu et mourir à toutes les heures du jour. Ce qui échaufferait à peine les autres, vous enflamme et vous consume jusque dans la moelle des os 3. » Ellemême s'en rendait compte: c Ma santé, confiait -elle à la mère Prévost, ma santé a été ébranlée par le voyage, et peut-être aussi par les ennuis que j'y ai éprouvés. Fiat ! toujours Fiat! Le bon Dieu veut nous apprendre qu'il peut agir sans nous. C'est alors que tout va mieux ; et si quelque bien se fait, je serai bien forcée de ne l'attribuer qu'à sa bonté et à sa miséricorde3. »

; Paris, 10 mars 1823. — 2 Fenelon , lettre xcvn. — a Grenoble, 18 mars 1823.

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