‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 179 sur 236 · SA SOUFFRANCE MORTELLE A (.RENOBLE · texte numérisé non relu

SA SOUFFRANCE MORTELLE A (.RENOBLE

Espérant tromper son mal, Mm0 Barat se mit au travail avec une sorte d'activité fiévreuse. « Dieu aidant, nous irons. Je n'ai rien fait encore; mais j'ai vu, j'ai dressé mon plan, je l'ai mûri dans la prière : j'ai la confiance que tout s'arrangera à peu près et selon les instruments si faillies que nous avons dans cette maison de Grenoble 1. r>

Cependant l'hiver se prolongeait; la montagne était couverte de neige, la vallée en était pleine. Mm0 Barat souffrait beaucoup de cette rude saison; sa poitrine était déchirée, sa respiration haletante. Elle ne se plaignait pas, mais elle se sentait frappée, et plus que jamais on voyait dans ses lettres que sa pensée se portait vers l'éternité, dont elle se croyait proche. « Pour nous, écrivait-elle à son neveu, le 15 mars, nous aimons à oublier tout ce qui tient à cette terre, et à penser au ciel, où tout nous annonce que nous allons retourner bientôt. C'est à ce souvenir que je vous laisse, mon ami. Lorsqu'on est éloigné, on aime à se réunir en esprit là où Ton devra se trouver heureux un jour 2. »

Cinq jours après cette lettre, la souffrance s'était aggravée à ce point, que les médecins déclarèrent que la mère générale était dans un péril mortel. De toutes parts, les maisons de la Société se mirent en prière. Les enfants, de leur côté, levèrent les mains vers le Seigneur. A Amiens, l'une d'elles, qui touchait de près à iMme Barat, eut l'inspiration de faire davantage : elle offrit à Dieu le sacrifice de sa vie pour le salut de la supérieure. Dieu l'agréa, elle mourut, et sa mort, rapprochée de la guérison de cette mère vénérée, présente avec elle de trop

1 A Mmô Eug. de Gramout. Grenoble, 22 février 1823. s A M. Stanislas Dusaussoy. Grenoble . 15 mars 1823.

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frappantes coïncidences, pour qu'on n'ait pas le droit d'y voir une de ces généreuses substitutions, qui sont le plus grand acte d'amour que l'exemple de Dieu ait enseigné aux hommes.

Nous avons déjà vu quelle affection sans faiblesse A]mo Barat avait vouée à sa famille. Elle avait fait donner une belle éducation à ses deux neveux, Louis et Stanislas. L'un était prêtre, et rêvait de s'embarquer pour les missions; l'autre venait d'obtenir, par le crédit de sa tante, un emploi honorable au ministère des finances. Ses nièces avaient été élevées sous ses auspices : l'une, Sophie, venait de faire ses vœux au noviciat de Paris; deux autres étaient professes dans la Société; la sixième et dernière, Dosithée Dusaussoy, âgée de quatorze ans, était pensionnaire à la maison d'Amiens. C'était une enfant d'une intelligence rare, d'un caractère généreux, d'un cœur ardent, et en tout si bien douée, que le Père Barat, heureux de retrouver en elle c sa petite sœur » d'autrefois, rêvait déjà de la conduire par les mêmes sentiers. « Vous rirez, écrivait sa tante à Mme Prévost, supérieure d'Amiens, vous rirez du conseil que mon frère donne à Dosithée de lire Rodriguez! Cette petite est pleine de sentiment; c'est un cœur excellent et fait pour Dieu. J'espère que nous l'aurons '. »

Dieu la voulait à Lui, mais d'une autre manière. La nouvelle de la maladie de sa tante avait jeté Dosithée dans une grande agitation. Entendant autour d'elle redouter et déplorer la perte dont la Société se croyait menacée, la brave enfant dit un jour à ses compagnes et à ses maitresses : « Et moi, en quoi suis-je utile à la gloire de

i Paris, 7 j aillai 1S22.

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