‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 184 sur 236 · LA PROTECTION DES PRINCES · texte numérisé non relu

LA PROTECTION DES PRINCES

prix». » La duchesse étant morte dans le mois de janvier 1822, M™ Barat la pleura comme une amie. « Je vous a«, je crois, déjà parlé de ma douleur, confiait-elle ensu.te à la mère Thérèse. J'ai perdu notre excellente princesse de Bourbon, qui nous aimait bien sincèrement. G est pour moi un vide que je sentirai longtemps. Le bon Dieu ne veut rien dans nos cœurs que Lui. Je sens chaque jour cette loi s'opérer dans le mien 2.

Dans le même temps , les princes de la maison de France honoraient le Sacré-Cœur d'une bienveillante protection La chapelle du pensionnat ayant été construite dans le courant de l'année 1823, toute la famille royale voulut contribuer à sa décoration. Louis XVIII donna l'autel j Monsieur, frère du roi, fit présent de la gloire qui surmontait le sanctuaire. En rendant cet hommage au sacré Cœur de Jésus, les frères de Louis XVI répondaient à la pensée de l'auguste martyr qui lui avait consacré son infortuné royaume dans la prison du Temple.

A peine ce sanctuaire eut-il été bénit que Mm» les duchesses de Berry et d'Angouleme y amenèrent les Enfants de France. L'espérance, l'action de grâces et l'attendrissèment se confondirent dans lame de M™ Barat, quand elle vit se courber devant le tabernacle ces jeunes têtes si protégées, mais si exposées. « Nous avons eu dimanche, écrivait-elle le 29 octobre, le visite de Mf le duc de Bordeaux et de Mademoiselle, sa sœur. Ils ont passé deux heures avec nous et avec nos élèves. Qu'ils sont donc aimables ! Vous peindre ce que nous avons éprouvé en voyant l'enfant de la miséricorde de Dieu serait impossible, surtout

» A la mère Thérèse. Paris, 21 octobre 1811.

2 Paris, 17 janvier 1823.

lorsque tous deux, dans le sanctuaire, à genoux, adressaient pour \a première fois leur innocente prière dans une église consacrée au sacré Cœur. Comme nous avons toutes prié ce divin Cœur pour ces augustes enfants! Hélas! quelle tâche difficile va s'ouvrir pour eux, dans quelques années ! »

Ces visites se renouvelèrent, et des rapports habituels de bonté d'un côté et de reconnaissance de l'autre s'établirent entre l'Elysée et l'hôtel Biron. L'humble MmG Barat en renvoyait tout l'honneur à la maîtresse générale. « La duchesse de Berry, faisait- elle savoir un jour à la mère Thérèse, nous a écrit une lettre obligeante dans laquelle elle s'étend beaucoup sur la bonne tenue de nos enfants. Tout cela, comme vous le pensez, était adressé à Mme de Gramont1. »

Cette faveur générale fut le moyen dont la Providence se servit pour attirer à Paris et grouper sous la main de la supérieure un grand nombre d'enfants de la classe élevée. Elle ne l'avait pas cherché; même il est vrai de dire que sa préférence, inspirée par l'esprit de l'Evangile, se fût portée vers des œuvres moins éclatantes que cellelà. Mais, tout effrayée qu'elle fût de la responsabilité que lui imposait ce choix, elle n'en chérissait pas moins tendrement, noblement, cette famille d'élite, comme elle l'écrivait à Mm* Duchesne : « Quatre-vingt-dix familles qu'il faut voir, entendre, entretenir par lettres : c'est une lourde charge. Et quels parents, quelles enfants! Enfants de nobles, de ministres, etc. Ah! ma chère Philippine, que nous préférerions évangéliser les sauvages! Ils n'abuseraient pas tant des grâces du Seigneur. Nous avons ce-

1 Paris . 13 mai 1S21.

Page 1