‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 185 sur 236 · LE PENSIONNAT DE PARIS · texte numérisé non relu

LE PENSIONNAT DE PARIS

pendant des enfants bonnes et solides; mais qu'il en coûte de peines et de soins i ! »

Ces soins, Mm0 Barat en prenait sur elle une grande partie : a Mmo de Gramont a tant à faire dans sa maison de Paris, écrivait cette mère, qu'il est impossible qu'elle y tienne seule. Il faut donc bien m'y dévouer, n'ayant personne. Le bon Dieu m'aidera*. » Il arrivait parfois que Mme de Genlis, alors octogénaire, venait lui oflrir complaisamment ses conseils sur l'éducation. — On devine ce que pouvaient être les conseils de Mmo de Genlis! — La mère Barat l'écoutait avec déférence, pour avoir à son tour le droit de lui parler de Dieu. « Savez- vous, disait-elle ensuite à ses filles, qui je viens de recevoir? C'est Mm0 de Genlis. » Elle n'ajoutait rien à ce nom, et s'en allait bientôt auprès de Notre- Seigneur chercher d'autres lumières.

En effet, la sainte mère ne comprenait pas l'éducation comme une œuvre à laquelle peuvent suffire les petites industries et même les grands talents. Elle la comprenait comme une œuvre surnaturelle de sainteté; et voici, en conséquence, les instructions qu'elle adressait aux maîtresses générales et aux maîtresses de classe , soit à celles de Paris, soit à celles du dehors.

Elle leur disait premièrement de se faire fontaine pour devenir ruisseau, et de se remplir tellement de la vie de Jésus-Christ qu'elles n'eussent plus, pour ainsi dire, qu'à donner de leur plénitude à leurs pensionnaires. Elle écrivait à l'une d'elles : « Je suis touchée comme vous du sort de ces enfants; mais combien nous les aiderions da-

1 Paris, 20 avril 1S2-2. — 2 A la mère Thérèse. Paris, 9 janvier 1820.

vantage , si nous étions unies au bon Dieu par le recueillement, par la mort à nous-mêmes! Dieu ne nous refusera rien du fruit de nos sacrifices , si nous ne lui refusons rien de ce qu'il nous demande. »

«Vous, ma fille, écrivait-elle à une autre, quel bien vous feriez si vous étiez animée de l'esprit de Jésus ! N'en doutez pas, vous aurez acquis l'autorité sur les cœurs, si vous êtes fidèle et unie à votre Epoux par le sacrifice de vous-même, car alors vous agirez par son esprit et avec Lui. » — « Le prix de votre fidélité, écrivait-elle à la même , sera le règne de la piété dans le cœur de vos enfants. Ah! ma fille, je ne puis dire combien l'esprit de prière, l'union avec Dieu, le recueillement et la mortification intérieure que pratique chaque maîtresse, ont d'efficacité sur l'âme des enfants 1 . »

La seconde règle qu'elle proposait, après le devoir d'aimer Dieu , c'était d'aimer ses élèves et de s'en faire aimer. Elle en puisait le motif dans la dignité surnaturelle et la fin immortelle de leurs âmes. De ce point de vue élevé, elle ne considérait pas les défauts des enfants comme une objection : « Sans doute, disait- elle, elles vous arrivent en de funestes dispositions, mais Dieu vous les confie pour que vous les rameniez à Lui. Si une fille du Sacré-Cœur ne peut remplir cette mission, si difficile qu'elle soit, à quoi servira donc notre vocation? » A ceci elle ajoutait cette raison décisive : « Les grâces que nous recevons du Cœur de Jésus sont proportionnées, n'en doutons pas, aux besoins des âmes qui nous sont confiées 2. » Ainsi point de répulsions, point de préventions, point de comparaisons dés--

i A Mme E. Giraud. Paris, 17 février 1S25 et 4 novembre 182Ô. 2 A la mère Emilie. Paris, 4 novembre 1883.

Page 1