‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 186 sur 236 · RESPECT ET AMOUR DES ENFANTS · texte numérisé non relu

RESPECT ET AMOUR DES ENFANTS

avantageuses entre les élèves qu'on laisse et celles que l'on pi-end. a Leur orgueil pourrait souffrir de la préférence, disait-elle encore, et elles ne vous aimeraient pas. Prenez d'abord une bonne opinion de vos enfants, et ne les traitez pas avec sévérité : il faut vous faire aimer ". »

Cet amour des enfants, voici quels en devaient être les principaux caractères. Il n'y faut rien d'austère, « C'est un inconvénient terrible pour une maîtresse d'avoir avec ses élèves un ton grondeur et trop sévère. Elle les détache de la maison. L'ennui gagne insensiblement tout le pensionnat, et le dégoût de la piété en est la conséquence2. »

Il n'y faut rien de mou non plus : « Que les maîtresses soient bonnes avec les enfants; mais elles ne doivent point souffrir leurs flatteries, ni les attirer à elles. Plus on les aime véritablement, et moins on les flatte; moins on leur fait de caresses, plus on leur doit de soins3. »

Surtout il n'y faut rien que de Dieu et pour Dieu. Voici comment Mmo Barat s'exprimait sur ce sujet, dans une conférence à la maison de Paris : « Faites donc, leur disaitelle, abnégation de toute attache, même pour les enfants qui vous sont confiées, n'ayant d'autre vue que l'amour de Dieu et le désir d'attirer à Lui ces jeunes cœurs. Vous serez invulnérables aux grâces de leur âge , vous vous tiendrez en garde même contre les avances qu'elles pourraient faire afin de gagner votre cœur. Votre cœur, mes bonnes filles, mais il n'est plus à vous! Le cœur de ces enfants, mais il n'est pas fait pour vous! Et qu'arriverait-il, grand Dieu! si vous vous laissiez prendre dans ces filets de la terre? Vous deviendriez aussitôt incapables de tout bien , parce

1 A la mère A. Michel, 1816.

2 A Mme Giraud. Paris, 5 juin 1819.

3 lbid. Paris, 5 avril 1821.

que vous n'auriez plus que la passion pour guide. Mais si, au contraire, c'est Dieu, et Dieu seul, que vous avez en vue, Dieu sera avec vous : il vous distribuera les lumières et les grâces à mesure qu'elles seront nécessaires à votre œuvre. Il fécondera les germes que vous aurez semés; il leur fera porter des fruits que peut-être vous ne verrez pas mûrir, mais qui n'en mûriront pas moins aux rayons de son Cœur. Et quand un jour, plus tard , môme au sein des plaisirs que le monde leur offrira, vos élèves se rappelleront leurs maîtresses d'autrefois , elles se souviendront du bonheur qu'elles lisaient sur vos visages au milieu de vos sacrifices, et elles en concluront qu'on peut être heureux en n'aimant que Dieu seul. Allons, soyez chrétiennes, soyez apôtres, soyez hommes, et renoncez à toutes les faiblesses de femmes •. »

Formée par ces leçons, la maison de Paris offrait un aimable spectacle. D'abord le premier effet de la vertu des religieuses et de leur union à Dieu, était le respect des enfants. Elles ne s'offraient à leurs élèves qu'environnées d'une sorte de prestige sacré. « Dans toutes nos maîtresses, même dans les plus jeunes, rapporte une ancienne pensionnaire , nous honorions les épouses du Cœur de Jésus. En voyant leur sainteté, nous en devinions la source, et nous nous disions entre nous : Combien Dieu doit les aimer et se communiquer à elles dans la prière! Nous les considérions comme nos anges gardiens, tellement anges à nos yeux, qu'elles nous apparaissaient comme des êtres à part, affranchis, par la grâce de leur vocation et la sainteté de leur vie, de ce qui est inhérent à notre humanité. Mais si chacune d'elles nous présentait une des faces du Cœur de

1 Conférence de Mme Barat, 27 juillet 1827.

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