SA BONTÉ DE HÈRE
Jésus-Christ, selon le caractère propre de sa perfection notre .ère générale nous apparaissait comm'e , ^ fidetad. .Notre-Seigneur lui-même et de son Cœur adT
« C'était vraiment une mère au milieu de ses filles nous rapporte le même témoignage. Dès que nous laperl on ns une avenue du jar(Jin) nQus couHons
entonnons en cercle, nous sentions que son regar lisai tout dans le nôtre, et nos cœurs se livraient à elle E nous fa.sa.tjouer sous ses yeux, elle encourageait nos' je x par des récompenses. Quelquefois aussi elle «e m t, t non, raconter une histoire; alors, pas une de nous qu n fut suspendue a ses lèvres. Non contente de nous voir en recréauon, elle nous faisait venir chez elle en partie le et avec que le bonté elle s'informait de tout ce qui Z's concerna,, de nos pères et de nos mères, de nosfrère e de nos sœurs! Chacune de nos familles semblait être d venue ; la s.enne Nous 1 écoutions nous parler, comme ; c eut «te Notre Seigneur lui-même, et nous ne l'a quitta paysans quelle nous eut fait promettre de revenir la
H n'y avait pasde détail, si mloime fut.;i brassât sa sollicitude maternelle. Nourriture, vêtement logement santé, tenue, rien ne lui semblait petit de ce qu., de lom ou de près, intéressait ses chères enfants « Quelle que soit votre gêne, n'économisez pas sur la nournture écrivait-elle à une supérieure; il faut que vos enfans so.ent bien soignées, leur âge le demande, le parents 1 ex.gent, et ils y ont droit ». , Parlant à M» Eu-
' Notes de la mère Julie de Baille». - 2 lhid A la mère Thérèse. Paris, 17 juillet 1821. '
génie de Gramont de l'attention à donner aux santés délicates : « Je recommande surtout, lui écrivait-elle, que Ton excède plutôt dans le trop que dans le trop peu, avec discrétion toutefois. Vous soignez à merveille celles qui sont malades, c'est une justice que l'on rend à vous et à BI. le docteur Récamier; mais vous secouez trop les indispositions : les parents s'en sont plaints. Ces traits de négligence non seulement nous font tort, mais ils blessent la conscience, car nous répondons des corps aussi bien que des âmes l. »
Quelle sollicitude ne témoignait -elle pas pour la santé de chaque élève en particulier! Que de fois nel'a-t-on pas vue, malgré l'accablement des lettres et des affaires, laisser tout pour aller remplacer l'infirmière auprès du lit d'une enfant, se faisant enfant elle-même pour distraire sa malade en partageant ses jeux!
Que si la vigilance de quelques-unes des maîtresses était prise en défaut sur ce point essentiel, elle entrait en courroux; c'était alors la lionne qui défend ses petits, quasi leœna, comme dit l'Ecriture; et plusieurs de ses sœurs se souviennent encore des pénitences sévères qu'elle leur infligeait pour ce genre de manquements, toujours graves à ses yeux.
Elle attachait aux études une grande importance. Elle voulait qu'on aimât la saine littérature, et elle en donnait cette belle raison qu'elle élève les âmes, les fait vivre dans un monde épuré et supérieur, les déprend de la matière, et les fait aspirer à Dieu2. Elle exigeait surtout que l'instruction religieuse fût l'objet d'une diligence toute particulière. Non contente des éléments de la doctrine chré-
1 Bordeaux, 18 juin 1825. — 2 Notes de la mère Julie de Baille'.
l'instruction de ses enfants 439
tienne, elle avait désiré que les grandes pensionnaires eussent à la base de leur foi de solides notions de saine philosophie, afin de se rendre compte à elles-mêmes de leur religion, et, au besoin, d'en rendre compte aux autres1. Le Père Roger, le Père Barat faisaient des instructions dogmatiques aux élèves. M** Frayssinous présidait aux examens. Même il ne dédaigna pas de venir quelquefois leur lire les conférences qui enthousiasmaient ses hommes de Saint-Sulpice2. Enfin une bibliothèque de livres substantiels, indiqués aux jeunes filles par la supérieure, devait achever le bienfait de ces instructions.
Mmo Barat fut informée un jour qu'une de ses filles, — c'était pourtant une de ses plus dignes filles, — se relâchait sur ce point principal de l'instruction et de l'éducation religieuse des enfants. L'étonnement, la douleur, l'indignation du zèle éclatent dans ces lignes: « Si ces rapports étaient vrais, ils me désoleraient, ma fille; ce serait le nisi œdificaverit domuml Hélas! nous nous donnerions bien de la peine pour une éducation du monde; et les âmes que deviendraient-elles? Dans ce siècle de peu de foi et d'indifférence, ce qu'il faut, au contraire, c'est les fonder dans les principes, les frapper par l'exposé des vérités de la religion, insister sur la brièveté de la vie, les deux éternités, la vanité des choses de ce monde quand elles ne se rapportent pas au salut. Ahl ma fille, vous que Jésus a touchée et éclairée si profondément sur la vanité et le mensonge, comment seriez- vous superficielle pour les âmes qui vous sont confiées, et pour le salut desquelles vous avez déjà fait tant de sacrifices? Non, je ne puis le
1 Notes de la mère Julie de Baillet.
2 Voir Journal de la maison de Paris, 12 avril 1821.
croire; hâtez -vous de me rassurer, dites -moi tout sur ce sujet1. »
Nous ne reviendrons pas sur le devoir du travail, du travail intellectuel et du travail manuel tant recommandés par les Constitutions : c'était un autre sujet des pressantes instructions de Mme Barat à ses pensionnaires. Quel honneur de pouvoir vêtir Jésus -Christ lui-même en ornant ses autels, ou en habillant ses pauvres! Ce qu'elle recommandait non moins chaleureusement, c'était le soin des serviteurs et des domestiques, de leur santé, de leur salaire, de leurs âmes surtout, rappelant les plus beaux traits de l'Ecriture et de l'histoire, où l'on voit le serviteur faire partie de la famille, et finir sa vie entouré d'égards au foyer de ses maîtres. La bonté , la largesse même pour les gens de service, chez soi, en voyage, chez les autres, partout, lui semblait une loi pour les classes élevées; et quand elle voyait ses enfants de Paris se porter d'elles-mêmes à quelque générosité envers ces bonnes gens, elle en était ravie : « Ah! vous êtes mes enfants, » leur disait- elle alors. — « Avec cette parole, elle nous eût fait aller au bout du monde, » nous rapporte l'une d'elles.
Une fois au pensionnat, toutes les élèves devenaient égales à ses yeux, sans distinction de rang ou de parti. Rien ne lui semblait plus ridicule que d'occuper de politique ces têtes de jeunes filles, rien de plus malheureux que d'admettre entre elles ces conflits d'opinions qui divisent les hommes. « Défendez, écrivait-elle à la supérieure de Paris , défendez aux vôtres de jamais parler d'opinion aux élèves, c'est le plus sûr. Au couvent, tout
1 A Mme Aude. Aix; 5 mai 1832.
LA FORMATION DE SES ENFANTS kW
se trouve sur la même ligne. Ah! pourquoi tout le monde n'y est-il pas? Il serait et mieux gouverné et plus heureux i ! »
Parmi ces jeunes filles qu'elle aimait au même titre il en est envers qui elle exerçait une libéralité dont ses lettres nous révèlent la délicatesse. C'étaient celles que leur pos.tion ou les coups du sort avaient faites moins heureuses. « Ma bonne fille, écrivait-elle à M™ de Gramont en parlant de deux enfants de son pensionnat, j'ai appris
que cesdemoisellesavaientperduleurmère.Sicette nouvelle est vraie, vous feriez bien d'écrire au père de votre part et de la nôtre, afin de lui offrir nos services pour ses enfants Tournez cette offre de manière à lui faire comprendre que c'est par attachement et intérêt pour ses filles que vous lui offrez de remplacer leur mère, autant que cela se peut*. » — Et à Ai™ prevost, supérieure d'Amiens : « Eugénie m'a parlé du désir que vous avez d'adopter une pensionnaire. Ce n'est pas moi qui veux vous refuser ce plaisir. Vous m'en ferez un véritable, de recevoir cette bonne petite Hélène qui est sans ressource. Nous vous la conduirons si vous l'acceptez3. »
Une maîtresse générale ayant cru devoir s'excuser auprès d'elle de ce qu'elle avait recueilli dans son pensionnat une jeune fille sans fortune, sans mère, et de plus très malade: « Non, lui répondit la généreuse mère, non, jamais, ma fille, je ne blâmerai un acte de charité accompli avec discernement. Vous avez donc bien fait de recevoir chez vous cette jeune personne, à qui la Providence a envoyé une croix aussi pénible que celle-là. Il était dans
1 A M^e de Gramont. Turin, 25 juillet 1832
2 Grenoble, 22 juin 1818. - 3 Paris, 30 septembre 1818.
l'ordre que vous lui tinssiez lieu de mère. Puis, ajoutaitelle, — et cela est admirable, — n'ayant pas de malade chez vous dans le moment, il faut convenir que c'était une tentation pour vous d'en prendre une. Vous en éviterez plusieurs à cause de cet acte de charité, j'en ai la confiance. Dieu ne laissera pas ce dévouement sans récompense1. »
Les plus petites enfants étaient spécialement l'objet de la prédilection tout évangélique de la mère Barat. Elle ne se défendait pas de cette inclination, qui devait croître avec les années. « Nous avons à Paris, écrivait-elle un jour, une quinzaine d'enfants de cinq à huit ans, anglaises, américaines et françaises. Je leur ai donné une de nos maîtresses les plus capables ; c'est une grande servitude, mais on ne peut rien voir de plus intéressant; et quel bien on peut faire! Profitez de cet exemple, et ne confiez cette classe qu'à de bonnes maîtresses. Avant la révolution, la maison des Ursulines de Clermont-sur-Oise, dirigée par M. de Lamarche, était peut-être la meilleure de France. C'était la supérieure qui avait pris les petites pour son partage. Ah ! qu'elle avait raison ! Si je pouvais, ma chère fille, je n'en choisirais pas d'autre 2! »
Une autre classe d'enfants semblait avoir les préférences de Mm0 Barat. C'étaient les incorrigibles, ou du moins celles que leurs maîtresses regardaient comme telles. « Nous n'étions pas parfaites, raconte le témoin que nous avons déjà cité. On nous classait rondement en trois catégories : les bonnes, les médiocres, les méchantes élèves; à certains jours, notre vénérée mère, venant au
1 A MmeÉm. Giraiul. Paris, 17 mai 1826.
2 A M,nc de Rozeville. Paris, 8 juin 1830.