‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 188 sur 236 · LA CORRECTION DE SES ENFANTS · texte numérisé non relu

LA CORRECTION DE SES ENFANTS

pensionnat, faisait lire ces listes devant elle. Alors elle s'adressait personnellement aux méchantes, qui étaient plutôt des enfants tapageuses, et avec quelle bonté, et en même temps quelle force, elle les corrigeait ( 1 »

C'était surtout à l'orgueil que l'humble mère faisait une guerre à outrance, comme elle nous l'apprend : « Je vous assure que je ne ménage point nos demoiselles. Je sais que l'on se perd par l'orgueil, et ici, plus qu'ailleurs, il règne en maître*. » De vrai, l'amour de soi et le mépris des autres étaient une forte tentation dans cette maison de Paris, sorte de petite cour que tout exaltait : sa naissance , son rang, sa fortune, le nom de ses protecteurs, et jusqu'à celui de ses institutrices. Un jour il arriva qu'une maîtresse nouvelle leur ayant été donnée, quelques élèves remarquèrent qu'elle n'était pas noble, et elles osèrent en faire tout haut l'observation. Ce propos fut rapporté à Mmo Barat. Indignée, elle assemble aussitôt le pensionnat, prononce quelques mots fermes sur le respect dû aux représentants de l'autorité de Dieu; puis, à la fin : « Mesdemoiselles, telle est la loi du Seigneur, mais telle n'est pas apparemment votre manière de voir, à vous qui ne voulez que des dames nobles pour maîtresses. A ce compte, quanta moi, je n'ai qu'à me retirer, car je suis loin d'être noble. Mesdemoiselles, adieu, vous ne me verrez plus. » Ce fut un coup de foudre; les plus coupables se jutèrent en larmes à ses pieds pour la prier de rester et de leur pardonner.

C'est sans doute à ce fait que Mme Barat faisait allusion quand elle écrivait à la mère Thérèse : « Nos élèves nous

i Notes de Mme Julie de Baillet. — 2 a Alme Ém. Girand. Paris, 12 décembre 1818.

donnent beaucoup de sollicitude, elles sont pleines d'ellesmêmes. Je les ai bien humiliées un jour en leur disant que nous étions très punies de n'avoir que des nobles, et que dorénavant je leur préférerais la bourgeoisie. Une d'elles jetait les hauts cris à cette menace. Ah ! que l'humilité est aimable partout; mais qu'elle est peu connue du monde1 ! »

Le nombre était petit de celles qui résistaient à de si fortes leçons et à de si pressantes poursuites. Toutefois, dans ce temps-là. douze des plus difficiles, s'opiniâlrant dans un esprit qui n'était pas le bon, Mmo Barat les fit séparer de leurs compagnes et isoler entre elles; puis ellemême se chargea de cette bande mutine.

Le grand remède à ses yeux, quand elle sentait sa maison menacée ou envahie par l'esprit du monde, c'était de faire donner, en certaines occasions, la retraite spirituelle. En même temps elle faisait mettre ses filles en prière, et il n'y avait pas de mortifications que celles-ci ne s'imposassent pour le salut de ces âmes. Un jour Mme Barat, faisant aux pensionnaires une forte réprimande, termina par ces paroles : « Eh bien! pendant que vous manquez ainsi à tous vos devoirs . savez -vous ce que font vos maîtresses? Elles se livrent pour vous à de telles pénitences, qu'un de ces jours derniers, une personne de confiance, me montrant un instrument dont mes sœurs se frappent et qui était tout ensanglanté : « Voilà ce que font vos dames, me dit-elle, elles se tuent! » Oui, mes enfants, elles se tuent, et elles se tuent pour vous! » L'entendant parler ainsi, tout le monde pleurait.

Quand elle avait brisé de la sorte les cœurs rebelles, Mme Barat y versait, comme elle disait, le vin et l'huile

i Paris, 13 janvier 1819.

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