‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 195 sur 236 · LE QUATRIÈME CONSEIL GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LE QUATRIÈME CONSEIL GÉNÉRAL

Mm0 Bigeu se mit en route pour Turin, où, le 6 août, elle était de retour.

Mmo Barat se hâta de la rappeler à Paris par une lettre du 16, qui se termine par ces lignes : « Adieu donc, chère mère; mais bientôt, je l'espère, ce triste adieu sera loin de nous. Nous nous reverrons, nous serons réunies. Puissions-nous l'être pour longtemps! Mais il n'y a que le ciel qui nous réunira à jamais. »

La cause qui lui faisait hâter le retour de son assistante était la tenue prochaine du quatrième Conseil général de la Société. Le 10 août, une lettre de convocation fut adressée par elle à toutes les supérieures. Elle leur apprenait l'approbation des règles, dont elle ne parlait plus qu'avec religion , comme d'une chose sacrée. « Elles sont marquées du sceau de l'Esprit -Saint, disait-elle, et leur pratique exacte ayant déjà conduit plusieurs des nôtres à une haute perfection et à une sainte mort, il ne manquait plus à ces règles, pour y attacher notre vénération, que la sanction du Père commun des fidèles, qui les a reconnues sages, divines, etc. Que chacune de nous en fasse donc l'objet de son étude, en se disant souvent pour s'exciter à les suivre : Je suis sûre maintenant d'obéir à l'Eglise et de faire la volonté de mon Dieu. »

Le quatrième Conseil général du Sacré-Cœur s'ouvrit à Paris le 29 septembre 1826, fête de saint Michel, un des grands patrons de la Société.

La promulgation des statuts définitifs fut le premier objet qui remplit les séances. Le décret de la Congrégation des évêques et réguliers modifiait légèrement le gouvernement : Mmo Barat notifia d'abord ces changements.

Le premier consistait à supprimer la charge de supérieur général ecclésiastique , et à la remplacer par la no-

mination d'un cardinal-protecteur désigné par le Pape. Le titre en fut donné au cardinal Pedicini, personnellement dévoué à la Société du Sacré-Cœur.

En second lieu, l'absence de clôture complète constituant un empêchement aux vœux solennels, il y était suppléé par un vœu de persévérance ou de stabilité, ayant le même effet, et dont nul ne pouvait relever que le Pape. « Pour le reste, expliquait Mme Barat à ses filles, notre approbation est dans le genre de celle des Jésuites. Elle est unique pour un Ordre de femmes non cloîtrées. »

Les lois constitutives de la Société étant ainsi arrêtées, le Conseil général mit son application à rendre la clôture religieuse plus stricte, selon le vœu du Saint-Siège, et autant que le permettait la fin de l'Institut. Dans cette vue, oh eut soin d'interdire aux séculiers et séculières, non seulement l'entrée de tous les lieux réguliers, mais celle des jardins, des cours de récréation et même des séances de distribution de prix. Une place séparée fut assignée au parloir ou salon des élèves, aux salles de réunion des personnes du monde, même à l'infirmerie. L'emploi de commissionnaire fut retranché du service des sœurs coadjutrices, et toute espèce de sortie demeura plus que jamais interdite aux religieuses.

Sans doute, ce devait être là, à certaines heures, un rude sacrifice demandé à la nature. Il devait en coûter, par exemple, de passer, comme saint François Xavier, à quelques lieues de la demeure paternelle, sans se détourner de son chemin pour y porter un adieu, qui pouvait être le dernier de la vie. Il devait en coûter surtout de ne pouvoir se rendre au désir suprême d'une mère ou d'un père, appelant la main d'une fille pour lui fermer les yeux. Mais quelle religieuse serait digne de ce nom, si

Page 1