ARRÊTÉS DU CONSEIL GÉNÉRAL 4G
elle ne comprenait qu'il y a une manière d'aimer plus haute, plus épurée, et surtout plus efficace? Car, comme dit Fénclon«, a l'amour tendre que Dieu inspire a des bras assez longs pour embrasser malgré la distance des lieux; » et le sacritice d'un cœur brisé, mais résigné, offert généreusement au pied du tabernacle, est, pour ceux que l'on a quittés, un secours, un adieu et un gage de tendresse d'un prix incomparable, et qu'on ne corn* prendra que dans l'éternité.
Le même esprit de sacrifice porta le Conseil général à rendre plus sévères les règles relatives à la simplicité et à la pauvreté. On supprima l'argenterie pour le réfectoire; on réduisit la dimension et l'ameublement des cellules aux plus strictes exigences de la nécessité. Même la sépulture, la croix de fer du cimetière et l'inscription funéraire furent assujetties aux mêmes conditions d'humilité religieuse. Le costume reçut aussi une forme plus simple. C'est ainsi que le Sacré-Cœur s'enfonçait de plus en plus dans les vertus modestes, à mesure qu'il jetait plus d'éclat au dehors, comme un arbre qui plonge ses racines dans le sol d'autant plus profondément, qu'il étend plus loin ses branches et se charge de plus beaux fruits.
Mmo Barat vint elle-même notifier ces mesures à la communauté et au noviciat. Elle leur fit connaître, entre autres choses, que les bandes de cheveux conservées jusqu'alors devaient désormais disparaître sous un large ruban noir qui les recouvrirait en entier, a Ces réformes, mes bonnes filles, ne feront peut-être pas plaisir atout le monde... Non, je me trompe; car comment ce qui nous rapproche de la pauvreté et de la simplicité ne serait-il
1 Lettres spirituelles; î43«.
pas agréable à des épouses de Jésus-Christ? » Elle en eut aussitôt la preuve : « Il n'y eut pas une seule de nous, écrit une novice, qui ne fût pénétrée de joie de ressembler davantage à son divin Maître. Pour ce qui concerne les cheveux, notre mère n'était pas sortie du noviciat que chacune les renfonçait immédiatement. Le lendemain on fit joyeusement disparaître cette parure , « à laquelle on pouvait bien tenir un peu, » observe naïvement la même novice1.
Les œuvres de charité furent un autre objet de l'attention des conseillères. La maison de Paris n'ayant pas encore d'école gratuite, le Conseil en fonda une. Instruire et assister les enfants indigents devint pour les pensionnaires une récompense précieuse; et le Conseil, confirmant un usage aussi ancien que la Société, régla que a le jour de la première communion des enfants pauvres, les élèves les serviraient dans leurs classes externes » .
Cependant on approchait du 21 novembre, fête anniversaire de la première consécration de la Société. Les conseillères en profitèrent pour faire une retraite que prêcha le Père Varin. Elle les retrempa toutes dans la vie du sacré Cœur; et voici en quels termes la mère Geoffroy en exprime son admiration dans une lettre adressée à la date du 6 décembre à Emilie Giraud : « Je suis fâchée, ma fille, de profiter sans vous d'une pareille retraite, toute sur l'esprit et la fin de la Société du Sacré-Cœur. Jamais je n'avais entendu parler de ce Cœur adorable d'une manière si admirable et si douce! Que nous sommes à la fois grandes et petites 1 Quel bien nous ferions, si nous étions ce que nous devons être! Notre fin, d'après nos Constitu-
1 Voir au Recueil des conférences de II"- Barat, 29 avril 1S27.