‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 197 sur 236 · FONDATION A LILLE · texte numérisé non relu

FONDATION A LILLE

tions, est la sanctification de nos âmes et de celles du prochain; notre esprit doit être celui d'un amour tendre et généreux : quel développement sur ces deux derniers mots! Si cela nous manque, nous paralysons les maisons où nous nous trouvons; nous n'avons point la vie du Cœur de Jésus, qui est tout amour et générosité; nous n'avons point ses vertus. Douceur et humilité : hors de là, aucun fruit pour la vie éternelle, aucun fruit pour les enfants, que nous ne considérons plus que d'une manière humaine. Il ne faudrait voir que des âmes créées à l'image de Dieu, couvertes du sang précieux de Jésus -Christ, et destinées par nos soins à régner éternellement avec Lui. Une bonne maîtresse ne se plaint jamais que d'elle-même : celle qui se plaint de tout le monde prouve par là que Dieu a beaucoup à se plaindre de ses défauts... Ma chère fille, pardonnez-moi, je me suis laissé entraîner à vous dire quelque chose de la retraite; et moi, malgré cela, je suis toujours lâche comme un brin de mauvaise laine. »

Cependant le Conseil se prolongeait, dans l'attente du Bref pontifical. Reprenant donc ses travaux, il pourvut à une autre œuvre : celle des fondations.

Un établissement était demandé à Lille, et la Belgique lui promettait de nombreuses élèves. La mère Barat se rendit elle-même dans cette ville, au commencement de 1827. Elle y fut reçue chez une de ses anciennes élèves d'Amiens, de laquelle elle disait: « Nous sommes à merveille pour n'être pas au Sacré-Cœur. Impossible de dire ce que Caroline fait pour nous. » Celle qu'elle appelait de ce nom, et qui l'entourait, à Lille, d'une affection si filiale, était Caroline de Beaufort, devenue à cette époque comtesse de la Grand ville, avec laquelle elle n'avait cessé d'entretenir une correspondance qui nous fera voir, plus

tard, son apostolat sous une de ses plus belles faces. Grâce à cette grande chrétienne, la fonJation de Lille ne trouva pas d'entraves. Son mari fut le premier à souscrire pour onze mille francs en tête des bienfaiteurs de rétablissement. Déjà même, par les soins de Mmo de la Grand ville, on était assuré de vingt-cinq pensionnaires. Mme Bigeu fut laissée pour commencer cette œuvre, et le 7 février, la supérieure rentrait au milieu de ses sœurs.

Une autre mère du Conseil devait être bientôt appelée à aller fonder un pareil établissement, mais à l'extrémité opposée de la France.

Dans la ville de Lyon, entre le Rhône et la Saône, non loin de la place Bellecour, dans un quartier dominé par les hauteurs de Fourvière, on remarquait, dans ce temps-là, un hôtel d'une sévérité et d'une simplicité antiques. Cette maison de sainteté et de silence était celle de Mmc la comtesse de la Barmondière, femme plus que septuagénaire, qui, aux jours de la Terreur, avait donné un généreux asile à des prêtres fidèles. Privée fort jeune de sa mère, condamnée à voir son père monter sur l'échafaud , restée finalement seule de quatre frères et sœurs dont elle avait recueilli l'héritage, Mme de la Barmondière n'avait usé de ses grands biens que pour se faire la Providence des pauvres, des églises et des couvents spoliés par la Révolution. La restauration du séminaire de Saint- Irénée, la fondation de deux hospices d'incurables, la création de l'asile des repenties de Saint-Michel, le rétablissement des monastères du Carmel et de la Visitation , plusieurs institutions pour les orphelines, l'établissement des Pères de la doctrine chrétienne, n'avaient pu épuiser une générosité servie par une fortune dont un ordre sévère ménageait les ressources. Un jour, un prêtre de Lyon lui inspira de

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