FONDATION A LYON
secourir un autre genre d'Infor! une, celle des familles nobles qui n'avaient plus le moyen de procurer à leurs filles une éducation digne de leur naissance : a Vous qui avez tant fait pour toutes les classes de la société, ne procurerez-vous pas ce bienfait à la vôtre? » lui dit ce digne prêtre. Mm0 de la Barmondière promit d'y penser devant Dieu. S'étant retirée secrètement dans une pièce de sa maison où l'on avait jadis célébré les saints mystères, et s'étant agenouillée devant le coffre, qui, à cette époque, avait servi d'autel, elle pria longuement. Quand elle sortit de là, elle avait dressé son plan : elle fonderait et doterait un pensionnat expressément destiné aux jeunes filles de la noblesse; elle l'établirait dans un second hôtel qu'elle avait près du premier, sur la rue Boissac; elle y appellerait les Dames du Sacré-Cœur; elle y verrait croître, presque sous ses yeux, la jeunesse élevée par ses libéralités ; et ce serait pour ses cheveux blancs une couronne, une joie, une bénédiction. L'établissement fut approuvé par Msp de Pins. Mmo Barat l'accepta, s'engageant même à lui donner comme supérieure une des plus dignes religieuses de la Société : elle y destina la sainte mère Geoffroy.
Pendant ce temps, celle-ci se délectait à Paris « du bonheur, comme elle disait, de n'être rien que religieuse! » Quand la mère Emilie, qui la remplaçait à Niort, s'accusait par lettre a de n'être pas bonne en chef» : — « Eh bien , lui répondait-elle, j'ai les mêmes prétentions. Je crains de tout gâter, et si j'étais à la place de mes supérieures, je donnerais les Invalides à cette pauvre mère Geoffroy. » Elle avouait cependant qu'elle n'était pas sans crainte, et que depuis longtemps elle se sentait tourmentée du pressentiment que ce Conseil général ne s'achèverait pas sans lui laisser une lourde croix. Une nuit elle avait rêvé qu'elle
montait sur un navire où elle espérait que son Emilie s'embarquerait avec elle : « Le vaisseau part, point d'Emilie! racontait-elle à cette chère fille. Quand j'eus la certitude que vous n'y étiez pas, la souffrance que j'éprouvai fut si forte qu'elle m'éveilla l. »
Ce présage ne tarda pas à se changer en certitude. Aime garat n'attendait que la fin de l'assemblée pour donner son obédience à la mère Geoffroy.
D'autre part, le Sacré-Cœur poursuivait en Amérique, parmi des souffrances inouïes, ses laborieuses conquêtes. Un des vœux persévérants de Mme Barat avait été la fondation d'une maison de sa Société dans la Basse-Louisiane. « Je souhaiterais, écrivait-elle à Mme Duchesne, que vous vous établissiez dans un des faubourgs de la Nouvelle- Orléans. » Ce vœu fut accompli. En 1825, le Sacré-Cœur fut appelé, non loin de cette ville, dans la paroisse de Saint-Michel. On y construisit, par souscription, une grande maison à cent pas du Mississipi. Bientôt Mrae Aude, qui en était supérieure, y attira des pensionnaires distinguées et nombreuses. « Ce sera l'hôtel Biron de i'Amérique, » écrivait-elle à la mère générale.
Mme Barat et son conseil avaient réglé que dorénavant les religieuses en Amérique ne s'établiraient plus qu'au sein des villes épiscopales ou dans leur voisinage. Au commencement de 1827, un riche et charitable catholique de Saint- Louis, M. Mullamphy, offrit à Mmo Duchesne une maison destinée à l'éducation des orphelines pauvres. « Elevée, solitaire, dans un air sain, dominant le Mississipi et découvrant la ville qu'elle laisse de côté, cette maison me rappelle Sainte-Marie-d'en-Haut , s écrivait Mme Duchesne
i Voir Recueil des lettres de Mme Geoffroy. Lyon, sept. 1827.