LE VŒU DE STABILITÉ
solide l'éililîce du Sacré-Cœur en lui donnant pour appui la pierre fondamentale de l'Eglise elle-même. 11 en avait ensuite renfermé l'enceinte dans une clôture salutaire, affermi les bases par des vertus profondes, et élevé l'ouvrage entier d'un étage de plus.
Le 16, lundi de Pâques, toutes les mères, assistantes et conseillères, prononcèrent le vœu'de stabilité. Le PèreVarin félicita ses filles d'être désormais enchaînées à Jésus-Christ jusqu'à leur dernier soupir. Il leur expliqua comment, grâce à cet engagement, ce qui n'avait été qu'une résolution devenait une profession ; ce qui n'était qu'une vertu devenait un état. Ce vœu les ennoblissait et agrandissait, puisqu'il les rapprochait de l'Etre éternellement et nécessairement immuable dans sa perfection. Ce vœu les affranchissait, puisqu'il les délivrait de la captivité des choses périssables. Enfin ce vœu les mettait d avance, pour ainsi dire, en possession du ciel, puisqu'il leur communiquait quelque chose du privilège que possèdent les élus d'être saints et heureux, sans qu'il leur soit possible de cesser de l'être : « Heureuse stabilité, «lisait donc le fondateur en finissant son discours; stabilité d'abord dans la société du Cœur sacré de Jésus, stabilité ensuite dans la fidélité perpétuelle à Jésus, stabilité enfin, dans la pleine et éternelle possession de Jésus. Enlacez-vous, mes sœurs, dans cette chaîne qui étreint en un seul serment tous vos autres serments. Bénissez et aimez cette chaîne, qui ne vous lie qu'atin de vous délivrer de vos désirs changeants, et vous protéger contre vos propres incons-
parmi les plus anciennes , furent désignées pour ce travail , entre autres Mme9 Deshaycs, Duchesne, Maillucheau et Geoffroy, qui nous ont, en effet, laissé des notes précieuses. (Procès-verbaux et arrêtés des séances du 11 octobre et suiv., p. 91.)
tances. Attachez-vous à cette chaîne que l'Eglise a consacrée, que Jésus tient dans sa main, et par laquelle votre Epoux vous attirera à Lui pour l'éternité1. »
Le 17, Mmo Geoffroy reçut une obédience pour la fondation de la rue Boissac, à Lyon. Le jour même elle en informa sa compagne de vingt années, dans une lettre admirable, de laquelle, il faut au moins détacher ce passage : « Ma chère Emilie, voici que Notre-Seigneur nous présente son calice : aurions -nous la lâcheté de le refuser? Il l'a bu jusqu'à la lie pour nous : courage donc!... Il a été décidé, il y a une heure, que je partirais demain à sept heures pour Lyon. Adorons les desseins du Cœur de Jésus. J'ai beaucoup souffert de notre séparation. Je m'étais préparée à quelques jouissances près de vous. Le bon Maître ne l'a pas agréé. Je lui en fais le sacrifice. Soutenons- nous l'une l'autre pour n'en pas perdre le fruit. »
Au moment d'arracher cette vénérable supérieure, âgée de plus de soixante-six ans, à la maison qu'elle avait fondée et gouvernée si longtemps, la mère générale sembla hésiter : a Ah! c'est bien contre mon cœur que je vous laisse partir! lui dit-elle en l'embrassant. — Ma mère, répondit fermement Mme Geoffroy, vous ne faites qu'accomplir la volonté de Dieu. » Elle partit. Bientôt à Lyoo prêtres et fidèles la vénérèrent et la consultèrent comme une sainte. « Je n'ai jamais tant aimé aucune créature, » disait en parlant d'elle Mmo la comtesse de la Barmondière.
Or, pendant qu'à Paris le Conseil général mettait le couronnement à l'œuvre du Sacré-Cœur, il y avait en pro-
* Voir au Cahier de Conflam, p. 5SD.