‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 202 sur 236 · MORT DE MADAME BIGEU 4SI · texte numérisé non relu

MORT DE MADAME BIGEU 4SI

pleurait. Il fit la recommandation de l'âme à un moment qu'il crut être le dernier; mais la malade parut un peu se ranimer. « Je mourrai deux fois, • dit- elle distinctement; puis au Père Varia : « OlTrez le saint sacrifice pour moi demain, si j'existe, et encore pour moi si je n'existe plus. » Peu après: « Mon Père, donnez-moi une grande, grande bénédiction î » La paix du ciel respirait dans ses traits; elle demanda pardon de ses torts à toutes ses sœurs. Elle allait faire de même à Mmo Barat; celle-ci l'interrompit par ses sanglots. La mère Desmarquest lui présenta ses novices et ses postulantes, i Elles seront toutes fidèles à leur vocation, dit la sainte religieuse. Si elles savaient combien en ce moment je suis heureuse d'avoir tout quitté pour Dieu! »

Une de ses dernières pensées fut encore pour sa mère, à qui elle destina la relique de la vraie croix, qu'elle ne cessa de baiser jusqu'à son dernier soupir1. Il ne lui était plus possible d'exprimer autrement son amour pour Jésus- Christ. Le 19 novembre, la mère générale venait d'entrer auprès d'elle, quand elle la vit tressaillir : c'était le frisson de la mort. Ainsi expira-t-elle. « Ainsi, dit Mme Barat, rendit-elle sa belle âme à son Créateur, dans la paix et la fidélité qu'elle lui avait gardées jusqu'au dernier soupir1. »

A la suite de cette mort, Mm0 Barat fut dix jours sans reparaître au milieu de ses filles, a J'ai cherché la solitude, leur dit-elle ensuite; j'avais besoin d'épancher mon cœur devant Celui qui m'a infligé cette peine, et de lui de-

1 Mm8 Barat adressa cette relique à la mère de Mme Bigeu, avec une lettre de consolation pleine de son affection et de son deuil. (Voir à la suite des lettres de Mmo Bigeu à sa famille.)

* Voir Lettre circulaire sur la mort de la mère Bigeu, par Mme de Charbonnel. Cire, des dé fimtes, t. I, p. 257.

mander la force de la supporter. Sans doute j'ai perdu une amie, un conseil; mais ce qui me touche davantage que ma propre douleur, c'est l'intérêt de notre oeuvre, qui fait dans cette mort une perte irréparable1. »

Elle écrivit la même chose à la mère Grosier : t Moi, je perds une amie; toutes, nous perdons une âme généreuse, dévouée et essentiellement propre à l'oeuvre de Dieu. Mais je n'ai pas, ma chère mère, à vous peindre ma douleur : Dieu le veut, et c'est assez ». »

C'était le dernier mot de Mme Barat en toute circonstance, a L'habitant de la cité sainte, a écrit Fénelon, porte au fond de son cœur un Fiat et un Amen continuels. Il veut toutes ses peines et il ne veut aucune des consolations dont Dieu le prive. Demandez-lui ce qu'il veut, il vous répondra que c'est précisément ce qu'il a. La volonté de Dieu est son pain quotidien , le rassasiement de son cœur, la manne de tous ses goûts; c'est l'Epoux vivant et voulant dans l'épouse; et ainsi commence dès ici- bas le bonheur de cette Jérusalem nouvelle, dont le prophète dit que son nom propre sera la volonté de Dieu : Et vocaberis vol irritas mea in te2! »

1 Conférence du 1er décembre 1827.

2 Paris, novembre 1827.

3 Isaïe, en. lui, v. 4. — Fénelon, lettre 145.

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