LE H0V1CIAT DE PARIS — MADAME BARAT ET LES NOVICES
Depuis le commencement de l'année 1821, environ vingt novices étaient installées dans les anciens communs de l'hôtel Biron. Mmo Barat y demeurait au milieu de ses filles, laissant le pensionnat à Mm0 Eugénie de Gramont. « Nous avons beaucoup à faire chacune de notre côté, écrivait-elle alors, elle dans son hôtel, et sa mère aux écuries1. » Elle s'occupait donc beaucoup de la direction de cette pépinière de la Société; et nous ne comprendrions pas Mmo Barat tout entière, si nous ne la considérions dans ce milieu si cher et cette œuvre si importante du noviciat de Paris.
L'ensemble du noviciat avait dès lors l'aspect qu'il a toujours gardé : celui d'une grande famille, composée de sœurs de toute nature et de toute contrée. Quelle que fût leur origine, toutes ne faisaient plus qu'un dans le Sacré- Cœur : mais que de voies différentes les y avaient amenées! et quelle riche variété dans ces vocations I
i A la mère Thérèse, 9 février 1321.
Il y en avait d'abord qui, avant leur entrée, avaient déjà fait un premier apprentissage de la vie religieuse. Telle était Louise Dorival. « Orpheline dès le bas âge, raconte sa notice, laissée aux soins de celui qui nourrit les oiseaux du ciel et fait croître la fleur des déserts, » elle avait puisé dans le pensionnat, puis dans la communauté des dames de Saint-Maur, un amour de Jésus- Christ qui l'avait poussée ensuite au Garmel de Saint-Denis. Mais, si altérée qu'elle fût de la vie d'union à Dieu, elle ne l'était pas moins de la vie d'apostolat. Elle crut que le Sacré- Cœur lui donnerait l'une et l'autre, et elle demanda les missions d'Amérique, pour lesquelles, en effet, elle partit peu de temps après.
Fille du Carmel comme elle, et non moins grande zélatrice des âmes, Thérèse de Wall, rejeton d'une famille irlandaise établie en France à la suite du roi Jacques, était un cœur tout de feu. Lorsque, sortant d'auprès du très saint Sacrement, elle parlait des choses divines, on eût dit que ses lèvres venaient d'être touchées par le charbon ardent. Les dames Enfants de Marie, dont elle eut le soin plus tard dans la maison du Mans, ont déclaré que ses exhortations étaient irrésistibles.
D'autres , au contraire , avaient été arrachées toutes vives au siècle et transportées au noviciat par un coup soudain de la grâce. On racontait surtout les miséricordes de Dieu sur les deux sœurs Cécile et Sophie de Morant, toutes deux jeunes, charmantes, ingénues, remarquées pour leur beauté , mais sans père, sans fortune, sans religion non plus. Un jour, une prise d'habit, à laquelle la Providence les avait amenées par hasard, leur avait révélé, comme dans un éclair, la beauté de Jésus-Christ, et elles avaient résolu aussitôt de le prendre pour leur unique