LES VOCATIONS DES NOVICES
Epoux. Mffr Frayssinous leur ouvrit le Sacré-Cœur. Le rit l'une d'elles, l'autre persévéra dans la fidélité itte alliance divine.
il • sacrifices coûtaient souvent ces vocations! que de blessures Baignantes Mn,e Barat avait à cicatriser! In jour, un père de famille de Ribeauvillé, en Alsace, amenait au noviciat une enfant de petite taille, à peine âgée de -ize ans, nommée Béatrix Schneider. « Madame, dit le père à la supérieure, c'est le second sacrifice que je fais ù Notre-Seigneur dans cette journée; je viens de conduire mon fils Bruno au noviciat des Jésuites, et je vous amène Béatrix ma fille. » Béatrix souffrit beaucoup dans les commencements; elle redemandait son père, elle appelait sa mère, elle fondait en larmes. La grâce d'en haut survint sur ce fond d'extrême sensibilité; l'enfant devint une femme forte, et nous verrons un jour Mme Schneider, supérieure de la maison de Gratz, mériter la confiance et seconder la charité de l'impératrice Marianne, tandis que son frère allait porter au Canada sa parole d'apôtre.
Quelquefois des mères brisées, mais généreuses, venaient consacrer elles-mêmes leurs enfants à Jésus-Christ. Le cœur de Mmo Barat excellait à consoler ces deuils : a Les pauvres mères, disait-elle, je les comprends si bien! »
Elle n'excellait pas moins à panser la blessure des jeunes filles qu'elle recevait, s'elforeant de remplacer, par son affection, ce qu'elles avaient perdu. Une de ces postulantes. M110 Cécile Truelle, encore meurtrie par le coup de la mort de sa mère, était venue au Sacré-Cœur seulement pour y passer quelques jours dans la retraite et apaiser sa douleur. Mais elle n'eut pas plus tôt connu Mm8 Barat, qu'elle s'écria aussitôt : « J'ai retrouvé ma
mère! » et elle voulut être sa fille, en se donnant à Dieu dans sa Société.
Chez d'autres, la vocation avait mûri au soleil du monde et de l'expérience. Mme Armande de Causans avait trente-six ans quand elle se fit religieuse. Son père, le marquis de Causans, sa mère, Mlle de la Noue, avaient fait partie de la cour de Louis XVI, dans ses plus beaux jours. Ensuite ils furent tous deux de l'émigration. La marquise y étant morte, sa fille reçut dès lors la direction de sa tante, Mme Marie de Causans, chanoinesse de Saint- Louis-de-Metz, qui, revenue à Paris, se plut à l'y produire, heureuse de ses succès et fière d'une distinction qu'on regardait comme son ouvrage. Là, recherchée par le plus grand et le meilleur monde, entourée d'affection et d'hommages respectueux, trouvant dans son esprit la source des jouissances les plus élevées, et dans son cœur la joie d'une vie de bonnes œuvres, Armande eût été heu* reuse, si les grandes âmes savaient s'en tenir à ce bonheur. Le sacré Cœur de Jésus-Christ lui en révéla une source plus haute dans le don de soi-même au souverain Bien. Elle entra au noviciat en 1822. Mme Barat connut le prix de ce trésor : elle en fit sa secrétaire pendant quelques années. Mais Dieu lui en ayant demandé le sacrifice, elle l'envoya ensuite à la maison de Turin.
C'était des quatre vents du ciel que le sacré Cœur de Jésus appelait ses épouses. « J'espère, écrivait la mère générale, le 26 février 1821. j "espère que le Seigneur nous favorisera de plusieurs de ces âmes qui ne lui refusent rien; mais elles sont si rares en ce siècle, qu'il faut beaucoup prier pour les attirer. Nous venons Je recevoir une postulante russe d'un rang distingué. Elle abandonne tout, fortune, famille, qui, à cause de son chan-