PRÉCIEUSES MORTS AU SACRÉ -COEUR
Que voulait donc Mmo Barat? Ne savait-on pas souffrir, ne savait- on pas mourir généreusement au Sacré-Cuur? C'était précisément dans ce temps- là que la Société envoyait vers le ciel, de tous les points de la France, les plus pures hosties de propitiation. Mm0 Christine de Crouzas venait d'expirer à Grenoble, en prononçant ces paroles : a Qu'on est heureux de mourir dans le Cœur de Jésus! Ah! le beau jour que celui de l'éternité! Si vous pouviez comprendre combien Jésus est bon , vous ne lui refuseriez rien. » — A la Ferrandière, Mm0 Bardot disait à ses derniers instants : a Jésus, qui sera mon juge, est celui qui m'a rachetée; que craindrais-je? » Puis, pensant à une de ses plus chères devancières dans l'éternité : « Quelle surprise pour la mère Bigeu de me voir arriver! » — A Amiens, la mère Henriette Girard venait de partir pour le ciel , chargée de toutes les commissions de la communauté, comme s'il se fût agi d'un simple changement de maison; puis au dernier moment: « Ma mère, puis-je partir? » demanda-t-elle; et son âme s'en retourna vers Dieu. — Metz venait d'entendre Mm0 Julie Lardeur, autrefois si craintive, aujourd'hui si sereine en présence de la mort, s'écrier dans l'allégresse : « J'ai bien fait de me plonger dans l'océan de la bonté divine et de m'y engloutir tout entière. J'avais trop peur de Dieu : la confiance l'honore mieux. » — A Bordeaux, c'était Mmo Augustine Vincent, qui se félicitait de son double bonheur, de mourir au Sacré-Cœur, et de mourir dans de longues et atroces souflrances. — Une autre, une jeune et brillante maîtresse de la maison de Paris, Mme Victoire Févez, priait ses sœurs de ne pas implorer sa guérison, mais uniquement l'accomplissement de la volonté de Dieu. — A Lyon, Mme Justine Salzac, agonisante, demandait à la mère Prévost : « J'ai
froid : est-ce le froid de la mort? » Et sur un signe de cette mère qui lui montrait le ciel: « Quel bonheur! » s'écria-t-elle; et, baisant l'image de Notre-Dame de Fourvière, elle s'endormait dans la paix. — A Paris, c'était encore miss Anna Dolling, une jeune novice de vingt -cinq ans, autrefois protestante, qui ne donnait de sa conversion qu'une seule raison : c'est que l'Eglise catholique était « celle où Jésus-Christ était le mieux aimé ». -— Enfin, bientôt après, expirait à Lille Mme Antoinette de Penaranda, qui, dans un admirable testament spirituel, trouvé après sa mort, avait offert à Dieu « son corps, pour l'user et le consumer à son service; son âme, pour l'unir à sa volonté sainte; sa mort, pour qu'elle vînt de l'excès des travaux entrepris pour sa gloire; sa résurrection enfin et sa béatitude , pour qu'elle fût employée à le bénir et le chérir dans l'éternité1. » Ainsi se vérifiait ce mot de Mmô Geoffroy, que tant de faits devaient justifier encore: « Ma digne mère, si les voies de Dieu sont différentes dans la conduite des âmes , son esprit les marque toutes d'un même caractère dans la même famille. Celui de notre Société est de mourir dans la paix ». »
Le spectacle journalier de ces admirables morts, joint à ce dégoût de vivre qu'inspirent les époques troublées, éveillait au Sacré-Cœur une telle soif de mourir, que Mrae Barat s'en inquiétait : c Le Père de famille moissonne, écrivait-elle à Mm0 de Rozeville; ne mûrissez donc pas si vite, ou plutôt portez des fruits pour les âmes affamées qui ont besoin de nous pour connaître Dieu et vivre selon sa loi. » — Et à une autre de ses filles qui lui avait parlé
i Circulaire des défuntes, t. I", de 1828 à 1830. 2 Notice sur Mme Jenny Duval. Ibid., p. 116.