SON FRÈRE EST EMPRISONNÉ
Après cet acte de courage, Louis Barat avait continué pendant près de deux ans à se livrer à renseignement dans le collège de sa ville, tout en s'occupant de l'éducation de sa sœur dans la maison paternelle. Mais à la fin, poursuivi par les sommations : « le serment ou la mort, » il dut quitter Joigny, et il partit pour Paris, faisant à sa famille et sa chère élève un adieu qui pouvait être éternel. Il espérait se cacher plus facilement à Paris, et y vivre en paix, en donnant des leçons; mais sa paix ne fut pas longue. Au mois de mai de la fatale année 1793, Louis Barat, dénoncé par un ancien camarade de collège, fut jeté dans une de ces prisons d'où l'on ne sortait que pour monter à Téchafaud *.
démarche que je fais aujourd'hui. En conséquence de ce nouveau bref et de ma détermination, j'ai l'honneur de vous notifier ce qui suit :
« Je soussigné 3 Louis Barat, diacre, troisième régent du collège « de Joigny, annonce hautement que ce jourd'hui, deux mai mil « sept cent quatre-vingt-douze, je rétracte purement et simple- « ment, et regarde comme nul et non avenu le serment que j'ai « prêté devant la municipalité, dans l'église de Saint-Thibault de « cette ville, le seize janvier mil sept cent quatre-vingt-onze. — « Fait à Joigny, ce deux mai mil sept cent quatre-vingt-douze.
« Signé : Louis Barat, a diacre et troisième régent du collège. »
« Je continuerai à faire ma classe tant que vous le jugerez convenable.
« Je suis avec respect, Monsieur et Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.
« Signé : Barat. »
Extrait certifié conforme par le bibliothécaire de la ville de Joigny soussigné, le 24 juillet 1877.
Salmot*.
1 Sur le Père Barat, voir les Notices historiques, par le Père Ach. Guidée, 1. 1, p. 329. — Notice XIe.
La nouvelle en parvint bientôt à ses parents; et, à partir de ce moment, la vie ne fut plus pour eux qu'une longue angoisse. MmeBarat surtout était en proie à un désespoir si profond que l'on commençait à craindre que la malheureuse mère ne perdît la raison. Perpétuellement absorbée dans un silence morne, dépérissant à vue d'œil , elle refusait toute espèce de nourriture. A chaque repas, elle se levait de table sans avoir rien pris, passant à sa chère Sophie les mets que celle-ci avait inutilement apprêtés à son goût. Un jour qu'elle fit ainsi : « Je ne mangerai pas non plus, lui déclara sa fille d'un ton résolu. — Serais -tu malade, mon enfant? — Non, ma mère, mais je suis décidée à ne plus rien manger tant que vous ne mangerez pas : du moins nous mourrons ensemble. » Mme Barat fut vaincue par une tendresse si déterminée; elle embrassa sa iille, elle pleura beaucoup, consentit à se nourrir, et retrouva des forces pour attendre dans la résignation ce qu'il plairait à Dieu de décider pour son (ils.
Elle puisa surtout ce courage dans le cœur de Jésus- Christ. Précédemment, son fils ayant trouvé à Paris deux fort belles gravures représentant, Tune le sacré Cœur de Jésus, l'autre le saint Cœur de Marie, s'était empressé de les envoyer à sa mère. Celle-ci trop longtemps prévenue contre cette dévotion accueillit aujourd'hui avec une pieuse tendresse les deux consolations données par son jeune diacre. En dépit des observations de sa famiil*, et surtout d'une de ses sœurs restée très attachée aux idées jansénistes, elle fit encadrer les deux saintes images, qui, malgré de fréquentes visites domiciliaires, demeurèrent là appendues, tout le temps de la Terreur. On priait devant elles pour le prisonnier; et Sophie faisait remonter à cette