LA MAISON DE LA RUE DE TOURAINE
surrection. Sa clémence s'était ressouvenue de la cité de saint Denis, de sainte Geneviève, de tant de confesseurs de la foi , de tant de vierges; et déjà un signe de Lui appelait et ralliait dans ce grand centre d'aclion les recrues de ses saints, pour des choses ignorées encore du monde et d eux-mêmes.
Une vénérable chrétienne, Mlle Duval, donna asile à Sophie Barat et à son frère dans sa maison de la rue de Touraine1. Cette demeure hospitalière devint un véritable cénacle. Dans une des chambres, transformée en oratoire, était placé un autel où l'abbé Barat célébrait la messe en secret. La chapelle était pauvre; son principal ornement consistait en deux tableaux, dont l'un avait une grande et presque prophétique signitication. Il représentait saint Ignace et ses premiers compagnons se consacrant à Jésus- Christ dans l'église de Montmartre. L'autre était une peinture de la Mère de Dieu tenant son fils dans ses bras 2.
Quelques chrétiennes du quartier venaient entendre la messe dans la petite chapelle. L'abbé Barat leur faisait des instructions familières, et plusieurs se mirent sous sa direction. Outre M110 Duval et Marguerite sa servante, on y voyait de temps en temps Mllc Loquet, personne instruite qui dirigeait un ouvroir où son zèle produisait un grand bien, a Elle avait été formée, disent les souvenirs du temps, dans ces catéchismes fameux de Saint-Sulpice et de Saint- Thomas d'Aquin, d'où sortirent des âmes solidement fon-
1 Alors rue de Touraine, 2, — aujourd'hui, rue de Saintonge, 4, -^ dans le quartier du Marais.
* Ce dernier tableau est encore conservé au Sacré-Cœur de Paris, dans la chambre où mourut la mère Barat, et que l'on a transformée eu un petit oratoire dédié à sainte Madeleine.
dées dans la doctrine de l'Église ; et l'on y avait beaucoup remarqué son mérite1. »
Mais la plus distinguée entre toutes était Mlle Octavie Bailly, âme embrasée d'amour pour Jésus-Christ crucifié. Née à Forges- les-Eaux, au diocèse de Rouen, elle était venue à Paris avec sa mère veuve et une sœur aînée. Tout en travaillant pour gagner leur vie, elles avaient assisté et caché les prêtres pendant la révolution, procuré les secours de la religion aux mourants, préparé les enfants à la première communion, en risquant plusieurs fois leur vie pour Jésus -Christ. Octavie avait le don de lui gagner les cœurs par une innocence d'âme qui revêtait le charme d'une candeur d'enfant. On racontait que, toute petite, entendant à l'église un sermon sur les anges, elle avait beaucoup pleuré de ce que le bon Dieu ne l'avait pas faite ange. Pour se rendre semblable à ces purs esprits, elle avait fait dès lors vœu de virginité. C'était une âme de prière, de solitude et de douceur. Bien qu'elle fût de dix ans plus âgée que Sophie, elle n'en devint pas moins son amie la plus chère 2.
Le directeur de ces pieuses filles ne tarda pas à reconnaître en elles la vocation à la vie religieuse. En quel temps, dans quel lieu, dans quelle congrégation leur deviendrait-il possible de suivre leur attrait? L'abbé Barat estimait que c'était à Dieu d'y pourvoir. Pour lui, persuadé que, parmi les ruines présentes, l'apostolat devait entrer pour une large part dans toute vocation , il voulut les préparer à faire l'œuvre de Dieu, en fortifiant en elles l'instruction en tout genre. Sous les respectables auspices
1 Soles de la mère Deshayes , p. 30.
- Xotes sur la sœur Béatrix (Octavie Bailly), fournies par la mère de Briey, religieuse du Carmel de la me d'Enfer.