SES AUSTÉRITÉS EXCESSIVES
l'amour de Jésus-Christ, et stagnant de lui ressembler si peu, ne vit d'autres moyens de s'en punir et de lui plaire que de crucifier sa chair innocente. Elle jeûna, elle veilla, elle coucha sur la dure, elle donna la discipline à ses membres délicats. Elle portait à cette époque une ceinture de fer que plus tard l'abbé Barat envoyait, comme un trophée, aux premières religieuses du Sacré-Cœur, avec ces vers de lui :
Le corps est dans les fers, l'âme est en liberté, Le fer du temps devient l'or de l'éternité.
Le tempérament de Sophie, naturellement débile, s'affaiblit encore dans ces austérités qui dépassaient ses forces. C'était là une erreur de son guide. Il le comprendra plus tard, quand l'âge lui aura donné une plus mûre connaissance de la conduite des âmes; il la déplorera et il en demandera pardon à sa sœur et à Dieu.
Cependant le séjour de Sophie à Paris ne lui avait pas fait perdre de vue la famille qui la regrettait toujours en Bourgogne. D'abord, une correspondance, aussi active que le permettait cette époque, renouait fréquemment les liens d'une affection dont la religion ne saurait demander le sacrifice nUflaiblir la tendresse. Seulement, à celte tendresse se joignait maintenant un sentiment d'un ordre plus élevé': celui de l'amour de Dieu et du zèle des âmes. C'est ce qui apparaît dans une lettre du 10 octobre 1800, la première lettre d'elle que nous possédions. Elle est adressée à M™ Dusaussoy, sa sœur, alors souffrante. Sophie la plaint de ses maux, l'encourage dans ses devoirs, lui promet son concours pour l'éducation de sa jeune famille. La virgiîienne se fait oublier dans cette page, pour ne laisser parler que la simplicité et la douce piété de la petite sœur d'autrefois.
a Je suis bien affectée de ton état, ma chère sœur, et tes peines me touchent vivement, te connaissant si faible et si sensible. J'espère bien que ta maladie n'aura pas de suite, mais il ne faut pas rendre tes afflictions inutiles ; profite donc de ta position pour être un peu plus à Dieu, Avec un peu de confiance en Dieu, Dieu t'aidera, et tu sentiras bientôt que, par quelques efforts, on vient à bout de tout. »
Puis l'amitié déborde en promesses qu'elle devait si largement tenir : « Ma bonne sœur, épanche donc ton cœur dans le mien. Ah ! si tu savais combien je m'attendris sur ton sort ! Je voudrais, s'il était possible, te décharger de la moitié de ton fardeau. Il viendra ce moment... Tu n'es pas abandonnée dans tes fonctions de mère, puisque Dieu a eu égard à ton insuffisance, en te donnant des personnes qui te viendront en aide. »
On remarquera surtout quelle idée avait déjà de la mission des mères et du côté divin de l'éducation cette jeune fille de vingt ans, que Dieu préparait de loin à ce ministère des anges : « En attendant ce secours, la Providence veut que tu portes seule ta charge pour un peu de temps. Mais afin de ne pas détourner les vues de miséricorde qu'il a sur votre maison, ne néglige rien pour inculquer la religion dans les jeunes âmes qu'il t'a confiées. Car, ne te trompe pas , elles ne sont pas à toi; c'est un dépôt dont tu lui rendras compte un jour.
a Adieu, ma chère sœur; embrasse tendrement pour moi toute ta petite famille, et sois assurée que je suis toujours, avec la même affection et la même tendresse, ta sœur et ton amie f. »
i Recueil des lettres de Mme Baratàsa famille. — Lettre lro, 1800.