‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 35 sur 236 · PREMIERS ESSAIS DE TODRNÉLY · texte numérisé non relu

PREMIERS ESSAIS DE TODRNÉLY

60us sa règle et travailler à l'œuvre qu'il voulait établir.

L'histoire de la princesse nous a conservé des notes relatives à ce premier projet d'établissement, auquel le Cœur de Jésus devait donner son nom, son esprit, sa vie. Ces lignes adressées par elle « à un prêtre français émigré » qu'on ne nomme pas, mais que nous pouvons deviner, font assez voir quel feu était communiqué à elle et à ses compagnes par cet homme séraphique. « Tout l'esprit de la maison, écrit la princesse, est un esprit d'amour et de tendresse envers Notre-Seigneur et son auguste mère. Tout se fait par amour, et tout doit finir par l'amour ; c'est la première idée qu'on a eue en formant la petite société. Il nous semblait que notre maison devait être une maison d'amour, un incendie. Ce seul mot m'a fait verser bien des larmes. »

Elle écrit au même lieu : « Je vous dirai , mon Père, que lorsqu'en présence de mon Dieu je m'occupe et de son divin Cœur et de l'incendie qu'il doit allumer, et de cette réunion d'âmes qui seront toutes à l'amour, et pour lesquelles l'amour sera tout, j'éprouve un attendrissement profond et plus senti que je ne le puis exprimer. L'idée du bonheur, du bonheur par excellence, s'y joint aussi... »

Enfin à l'idée d'amour et de félicité s'ajoutait un grand sentiment de confiance : « Sans perdre de vue le Sacré- Cœur, dit-elle, je m'abandonne à la volonté de Dieu. Alors je ne m'occupe plus directement des projets en question , mais de Dieu seulement f... »

Dieu avait d'autres vues et sur le Sacré-Cœur et sur la

1 Vie deMm* Louise de Condé, t. T, p. 306 et suiv. — Item, p. 53. — Item, Ire paitïe, ch. xix , p. 66 : Notes en réponse an projet, etc. Ces notes ont été écrites dans le second séjour de la princesse à Fribourg, de 1793 à 1793.

princesse de Bourbon -Condé. Par un dessein de lui que l'avenir justifiera , celle-ci ne tarda pas à aller s'enfermer dans une vallée de la Suisse, chez les Trappistines , et sa communauté se dispersa sans retour.

Cette épreuve contrista le Père de Tournély, mais elle ne l'ébranla pas. Dans le temps même qu'il voyait se consommer la ruine de ce premier essai , il protestait encore hautement de son espoir :

« Un jour, dit le Père Varin, traversant avec moi le glacis situé entre la ville de Vienne et le faubourg de la Landstrasse, où était notre demeure, il se tourna vers moi et me dit : « Mon ami, j'avais cru que cette fondation était voulue de Dieu ; eh bien ! je persiste à le croire ; je ne me suis pas trompé, ou il n'y a plus de discernement possible entre l'esprit de mensonge et l'esprit de vérité. » Puis après un moment d'humble recueillement, il se retourna vers moi , releva la tète , et , le visage enflammé : a Dieu le veut, reprit-il d'un ton de prophète, Dieu le veut ! je vais éteindre ce premier feu, cependant il se rallumera et il brûlera un jour. Je puis m'être trompé sur les moyens et sur le temps dont le Seigneur a fait choix pour l'établissement de cette société : mais elle existera ■ ! »

Elle devait exister, mais il ne fut pas donné à Tournély de la voir. C'était en lui que Dieu en avait déposé l'inspiration : c'était à un autre qu'en devait appartenir l'élaboration définitive. 11 suffisait au mérite de sa courte existence d'avoir été le prophète de l'œuvre de l'avenir, et

1 Voir Note* autographes de la mère Deshayes, p. 21. — Item, Vie du Père Varin, en. xin, p. 131.— Une maison des religieuses de la Société du Sacré-Cœur a été établie et existe aujourd'hui dans ce même faubourg de la Landstrasse où Tournély exprimait ce regret et cet espoir.

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