MORT DE LÉONOR DE TODRNÉLY
surtout d'en avoir présenté, dans sa personne, un admirable idéal. Le Cœur de Jésus ne lui laissa que le temps de révéler à la terre ses divines confidences; puis il se hâta de le rappeler au ciel.
Le Père de Tournély mourut jeune. La soif de Dieu le consumait : « Non, je ne puis plus vivre séparé de mon Jésus ! » disait-il souvent. Il avait annoncé par trois fois sa mort prochaine; et, huit jours auparavant, lorsque rien ne pouvait faire présager sa dernière heure, il écrivait sur son journal cette prière : « C'est maintenant, ô mon Dieu, que je laisse mes frères; oui, c'est bientôt que je les laisserai entre vos mains ». » En effet, peu de temps après, il fut pris de la petite vérole, avec les symptômes de la plus irrémédiable gravité.
Les jours de sa maladie furent des jours d'oraison et d'immolation continuelle. Une seule chose était capable de détourner son esprit de la pensée du ciel: c'était l'institution de la Société future. Il disait au Père Varin : « Mon ami, vous savez tout, je vous ai tout confié : allez, ne précipitez rien, mais attendez les moments du Seigneur2. » Enfin, près d'expirer, il parut comme éclairé d'une lumière prophétique; et, sur le seuil même de l'éternité, on l'entendit encore répéter avec force : « Elle sera! elle sera! »
Chaque matin le malade recevait la communion : c'était le seul lien qui le retînt encore en ce monde. Une nuit son ardeur pour la divine Eucharistie se manifesta par de si violents transports qu'on le crut en délire. N'osant lui donner Jésus- Christ dans cet état, on lui annonça qu'il
1 Même cahier in-f°, p. 7. — Maladie et fin du Père de Tournély.
2 Journal du Noviciat. — Entietien du 22 novembre 1857, p. 53.
n'aurait pas cette fois le bonheur de communier. A ce refus, il retomba comme foudroyé sur son lit; sa douleur fut si forte qu'il en mourut sur l'heure '.
Ce fut le 9 juillet 1797 que le serviteur de Dieu entra dans la joie de son Maître. Il avait à peine trente ans 2.
Le projet de Tournély n'était pas descendu avec lui dans la tombe : le Père Varin , élu supérieure sa place, héritait de ses plans. Il chercha donc partout, dans ses courses de missionnaire, l'âme prédestinée à devenir l'instrument de Dieu pour cet ouvrage. Un moment, lui aussi, comme son prédécesseur, pensa l'avoir trouvée dans une personne de haute naissance, l'archiduchesse Marie-Anne, sœur de l'empereur d'Allemagne. Dans ce dessein, la princesse se rendit à Passau , pour y faire avec deux de ses dames d'honneur, Mmes Léopoldine et Louise Naudet, le premier essai de l'établissement projeté.
A peu de temps de là, le Père Varin se trouva conduit à faire une démarche qui devait avoir pour son œuvre de graves conséquences. Un désir du Pape, exprimé par le nonce et l'archevêque de Vienne, le détermina à réunir la compagnie de ses Pères du Sacré-Cœur à celle que dirigeait, en Italie, un certain Père Paccanari , qui eut désormais la conduite des deux sociétés fondues ensemble sous le nom de Pères de la foi. C'est ainsi que l'entreprise de l'archiduchesse Marie-Anne fut remise entre les mains du nouveau