‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 38 sur 236 · ELLE EST APPELEE AU SACRE-CŒUR · texte numérisé non relu

ELLE EST APPELEE AU SACRE-CŒUR

Le Père Varin avait autant de décision, mais plus de mansuétude que le Père Barat. Lui-même dirigeait dans le monde une sœur mariée et mère de famille , et on ne peut rien lire de plus fort et de plus suave que ses lettres de direction , où la tendresse du frère se sent à chaque liçne sous l'autorité du prêtre et l'austérité du religieux. Sophie Barat allait trouver, dans ce père de son âme, quelque chose de cette charité et de cette fermeté, mais tempérée par le respect de sa liberté. C'est surtout au moment d'une grande détermination que son cœur avait besoin de toute sa spontanéité pour s'engager à Dieu.

Lorsqu'il eut été donné au Père Varin de lire dans l'âme de la jeune fille, qu'il eut beaucoup médité et beaucoup prié , il lui demanda un jour ce qu'elle voulait être. Sophie lui répondit qu'elle se croyait appelée à la vie religieuse, et qu'elle désirait entrer chez les Carmélites. Le Carmel personnifiait l'amour de Jésus-Christ et du sacrifice porté jusqu'à l'héroïsme: c'était, chez une fille future du Sacré- Cœur, une disposition que le directeur accueillit avec joie. Il lui déclara d'abord que ces saints désirs seraient satisfaits. Il lui fit ensuite observer que néanmoins elle devait tenir compte de la préparation tout exceptionnelle de son intelligence : apparemment ce n'était pas pour qu'elle allât cacher sa vie derrière des grilles que Dieu lui avait donné d'apprendre tant de choses , qui pouvaient faire d'elle un apôtre si utile auprès de la jeunesse.

Alors le Père Varin , la faisant entrer dans les desseins de la Providence, lui raconta la vie et la mort de Tournély. Il l'initia aux révélations, aux projets et aux prédictions de cet homme extraordinaire. Il lui montra comment ces prédictions commençaient déjà à s'accomplir, par la fondation que l'archiduchesse Marie -Anne venait de faire à

Rome. La France réclamait instamment le même bienfait, et le Père déclara à l'humble fille que Dieu l'appelait à travailler à cet établissement.

Surprise par ces révélations et ces propositions, qui cependant répondaient à plus d'une de ses pensées, Sophie Barat hésita. Sa faiblesse personnelle la faisait trembler : i J'y penserai, mon Père, » répondit-elle humblement.

Mais ce n'était plus de penser qu'il s'agissait à cette heure : toute la vie de Sophie était visiblement conduite vers ce but. Son guide lui en donna une assurance si forte, qu'elle y acquiesça avec cette généreuse abdication d'elle-même et cette confiance en Dieu qui devaient faire la force surnaturelle de sa vie : « Pour moi, je ne savais rien, racontait-elle plus tard, avec un indicible accent d'humilité, je ne prévoyais rien : j'acceptai tout ce qu'on m'offrait. »

La détermination de Sophie fut un événement dans la petite réunion de la rue de Touraine. Octavie Bailly en fut particulièrement émue. Elle avait trente ans ; et son âme, altérée de contemplation et d'immolation , aspirait au Carmel. Mais, entraînée par l'aimable ascendant de Sophie, elle ne refusa pas de suivre son amie dans cette nouvelle voie.

Mlle Loquet, dirigée par le Père Varin, fut également admise à faire partie de la congrégation projetée. On parlait de ses talents ; même elle avait composé dans le genre allégorique , en vogue à cette époque , quelques ouvrages de piété qui l'avaient fait remarquer. « J'aimerais autant qu'elle fût moins connue et moins célèbre, » disait le Père Varin, qui voulait que tout fût humble dans ces commencements ». Enfin la bonne Marguerite, servante

* Notes autographes de la mère Deshayes, p. 30.

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