LA PREMIERE COMMUNAUTÉ
de M,,e Duval, et couturière parfaite, sollicita et obtint la faveur de s'adjoindre au petit cénacle, comme sœur converse.
A partir^ de ce moment, il y eut entre ces filles, devenues sœurs par la religion , une ardente émulation au service de Dieu. Elles suivaient une règle qui leur avait été donnée par le Père Varin. Etrangères au monde, s'isolant du bruit de Paris et des événements publics, cachées dans le quartier solitaire du Marais, elles partageaient la même vie de travail et de prière chez Mlle Duval. Seule Mlle Loquet, qui demeurait au dehors, ne se réunissait à la communauté qu'aux jours et à l'heure des instructions du Père. « C'est là, nous apprennent les Mémoires du temps, c'est là que furent jetés les vrais fondements de la Société du Sacré- Cœur, sous l'égide de Celui dont elle devait imiter les travaux. C'est là queJésus-Christlui donna son mot d'ordre, lui imprima le sceau de sa volonté et la forme qui lui est propre, c'est-à-dire un esprit grand, ferme, généreux, mais tout détrempé de douceur. Ainsi intrépidité, force et mansuétude : voilà ce qu^ s'efforçaient d'acquérir, dans ce lieu de recueillement et de solitude , notre chère Sophie et ses compagnes *. »
Cet esprit fondamental avait été le premier point proposé, décrété, acclamé par la petite réunion : « Dans les commencements, racontait le Père Varin aux filles du Sacré-Cœur, lorsque vos premières Mères n'étaient encore que quatre, je les réunissais tous les matins après la messe, et nous conférions ensemble sur notre Société. Une des premières questions proposées fut celle-ci : « Quel en doit être l'esprit? » La réponse fut bientôt faite. Tous d'une voix
* Notes autographes de la mère Deshayes, p. 10.
nous dîmes : Ce sera la générosité ! Ainsi un amour fort et généreux pour Jésus -Christ, voilà ce qui nous parut devoir être le caractère des Épouses de son Cœur. Nous convînmes en conséquence de bannir de chez nous ces petitesses de couvent, ces retours d'amour-propre, ces sensibilités ou ces antipathies qui sont le défaut des âmes lâches ou partagées. Le sacré Cœur de Jésus ne veut que des âmes grandes ». »
Ce grand esprit aspirait à se produire au dehors par les œuvres du zèle. Celui de Sophie embrassait dès lors le monde entier. Voici ce qu'elle-même' racontait plus tard à ses novices :
« Dans ce même temps, un missionnaire qui repartait pour l'île de Madagascar vint nous vBiter et nous entretenir de ses travaux. Plus tard il nous écrivit pour nous demander si nous ne voulions pas suifre l'exemple de Marie d'Agréda, en nous consacrant au salut des idolâtres. Quand cette lettre m'arriva, je compris aussitôt, par ce qui se passait en moi, que notre Société devait embrasser l'univers ; et cette pensée entra profondément en mon âm£, comme un appel de Dieu. Désireuse d'y répondr^, je demandai conseil. Il me fut répondu: « Non, vous resterez « en France. Là est le champ de vos travaux, vous n'en a sortirez guère. » Je me soumis ; et voyant que Dieu ne voulait pas de moi, je me contentai de lui faire cette prière : « Puisque, Seigneur, vous n'agréez pas le désiFae votre « servante, permettez -moi de vous demander une cornet pagne qui un jour fasse cette œuvre en ma place, et qui a la fasse mieux que moi s. »
* Instruction du Père Yarin, 29 juin 1823. — Arch. de Conflans, un vol. in-4°, p. 516.
2 Journal du Noviciat, 22 novembre 1857, p. 54.— Item, Journal