‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 40 sur 236 · LE PETIT CÉNACLE DE PARIS · texte numérisé non relu

LE PETIT CÉNACLE DE PARIS

Le Père Barat avait eu l'esprit de la discipline, nécessaire pour préparer l'œuvre dans sa fondatrice ; l'esprit de l'apostolat reposait sur le Père Varin , appelé à établir cette œuvre et à la répandre. Ce n'était pas un orateur brillant que cet homme de Dieu; sa parole était simple, inspirée par l'oraison plutôt que par l'étude , pénétrée de l'onction de l'Evangile, enflammée par la charité de Jésus-Christ, et surtout vivifiée par l'éloquence d'une vie d'anachorète et d'apôtre. Cette valeureuse activité qu'il avait déployée jadis, comme soldat, à l'armée des princes, il la consacrait maintenant à la restauration du royaume de Dieu. Msr de Juigné, archevêque de Paris, qu'il avait vu en Allemagne, lui avait conféré les plus amples pouvoirs dans son diocèse. L'abbé de Bruillard, son ami, lui avait dit en le recevant dans cette ville : « Si vous voulez conquérir votre droit de cité, commencez par ce qu'il y a de plus rude et de plus rebutant dans le ministère : prenez les hôpitaux. » Le Père Varin avait adopté l'hôpital de la Salpêtrière, y passant les jours et les nuits , donnant des missions à six mille malades, admettant à la première communion près de trois cents hommes le même jour, baptisant deux cents adolescents et en présentant cinq cents autres au sacrement de confirmation. De là le missionnaire s'était mis à parcourir les environs de Paris , remuant les populations déshabituées de la foi et de la vie chrétienne, et ramenant au bercail de l'Eglise, non seulement le troupeau, mais quelquefois le pasteur. Tel était le Père Varin , infatigable,

de la Probation, 2 septembre 1860. (Le premier de ces journaux place ce fait à Paris, dans la maison de la rue de Touraine; le second le place à Amiens , où Mme Louise Naudet fit à Mme Barat la réponse relatée ici.) — Voir aussi Lettre de Mm9 Barat à Mm* Duchesne, 3 février 1806.

intrépide et cependant toujours calme, toujours gai, toujours humble ; compatissant à chacun et ne se comptant lui-même pour rien , pourvu qu'il avançât les affaires de Dieu. Son ami de Tournély avait donc eu raison de lui prédire que, même dans la vie religieuse, il resterait soldat. Quand il s'était ainsi comme plongé dans le zèle, il n'avait pas besoin d'une longue étude pour parler : il n'avait qu'à laisser déborder son cœur pour embraser les âmes de l'ardeur conquérante qui le dévorait luimême.

Le soir du 13 novembre de cette année 1800, les quatre posLulantes s'étaient rendues dans la chapelle des Pères de la foi pour la fête de saint Stanislas Kostka. Lorsque le salut fut achevé, et que tout le monde fut sorti, elles se trouvèrent seules à genoux, devant l'autel. Le Père Varin, qui savait leur pensée, leur dit : « Vous ne pouvez donc vous résoudre à quitter le bon Maître dont vous venez de recevoir la bénédiction? Cela ne vous suffit-il pas? Auriezvous quelque autre chose à lui demander encore?... »

Partant de là, le Père leur parla du bonheur de se consacrer à Jésus -Christ, suivant l'exemple du jeune saint dont la fête s'achevait. S'animant sur ce sujet, il en vint à leur dire des choses si admirables qu'il leur communiqua son pieux enthousiasme. Elles brûlaient d'être à Dieu, et leur guide dut leur promettre qu'il recevrait prochainement leur consécration. Il en fixa le jour au 21 novembre, fête de la Présentation de la sainte Vierge.

Après les exercices d'une retraite préparatoire, ce jour heureux arriva. On donna à la petite chapelle de la rue de Touraine tout l'éclat qu'elle comportait. La messe fut célébrée par le Père Varin; et, après l'élévation, les postulantes prononcèrent leur consécration au Cœur de

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