‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 47 sur 236 · SA VIE HUMBLE ET INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

SA VIE HUMBLE ET INTÉRIEURE

tendait que la pauvre fille « ne savait pas dire deux. » Ses compagnes la jugeaient plus équitablement : « La sœur Barat, bien plus avancée que nous en vertu, dit MHe Deshayes, savourait son bonheur dans le repos de l'union avec son Bien-Aimé. » Quelquefois cependant ses sœurs se plaignaient de ce que, « toujours en quiétude profonde, elle ne voyait rien de ce qui se passait autour d'elle. » Dieu absorbait tout son être; et il n'y avait pas jusqu'à sa physionomie, la douceur de sa voix, la réserve et l'élévation de toute sa personne qui ne trahissent au dehors l'habitude d'une conversation qui était dans les cieux. « Cela était si frappant, rapporte sa compagne, que ceux qui la voyaient pour la première fois s'arrêtaient et demandaient quelle était cette jeune personne : à moi-même, cette question se renouvela souvent1. »

Mais l'amour a son tourment. Lorsque l'âme s'est élevée à la contemplation de la Beauté infinie, et que de là, redescendant en elle-même, elle n'y trouve que péché et misère, elle se méprise, se hait et ne peut plus se supporter. Ce sentiment d'humilité allait chez la sœur Sophie jusqu'à un trouble dangereux; elle en souffrit tellement qu'elle dut en demander le remède au Père Varin.

Voici ce qu'il lui répondit : le caractère de sa direction est déjà tout entier dans l'esprit large et doux de cette première page : « Ma chère sœur, votre lettre m'a touché sensiblement. D'un côté, je vois que notre bon Maître vous attire et vous attache de plus en plus à lui, et qu'il veut que vous trouviez en lui votre bonheur, votre paix et votre joie; et de l'autre, je vois le démon qui s'efforce de troubler cet heureux état. »

i Notes autographes de lfme Deshayes , p. 5, 44, 45 et 46.

Alors il lui rappelle l'esprit du sacré Cœur. C'est d'abord un esprit d'amour : « Ma sœur, connaissez mieux le Cœur de Jésus votre Epoux, et livrez- vous à lai sans craindre aucunement son ennemi et le vôtre. Souvenez-vous que, quelque faute que vous puissiez commettre , il ne vous la reprochera jamais avec aigreur ; et, loin de vous jeter dans le noir de la tristesse, il vous tendra, au contraire, la main avec amour. t>

L'esprit du sacré Cœur, c'est encore un esprit de dilatation et de joie. Voici la règle qu'il lui donne pour le discerner : « Quand vous sentirez votre âme s'agrandir, votre cœur se dilater, votre esprit s'éclairer; quand vous vous sentirez portée à la joie, à la confiance, à l'espérance, dites avec certitude : Voilà l'Epoux de mon âme î car c'est ainsi qu'il s'annonce. Lorsque, au contraire, votre âme se trouvera comme serrée, que votre esprit se chargera de nuages, de doutes, d'anxiétés, de perplexités, que votre cœur sera oppressé, porté à la tristesse et au découragement : qui donc fait cela, ma bonne sœur, sinon l'ennemi de votre Epoux et de votre félicité? Gardez-vous de l'écouter même un seul moment. Ne lui répondez pas : mcpnsez-le, méprisez-le! »

Le Père Varin terminait en prémunissant Sophie contre l'action de son frère, dont les lettres moins prudentes étaient coupables, en partie, de cette agitation : « Soyez donc gaie et heureuse, ma bonne sœur, disait-il; je ne sais pas ce que votre et notre cher frère Barat aura pu vous mander qui ait été capable de porter dans votre âme le trouble et l'inquiétude. Mais je raye et j'efface entièrement toutes les lignes et jusqu'au moindre mot qui n'aurait pas été une expression de joie, de félicitation et d'encouragement.

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