‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 48 sur 236 · SES PREMIERS VŒUX · texte numérisé non relu

SES PREMIERS VŒUX

« Je ne cesse d'offrir Notre -Seigneur à son Père pour que vous soyez tout animée de son esprit, et embrasée de son amour. Priez -le donc aussi pour moi, afin que d'un misérable il fasse un serviteur fidèle 1 . »

Le Père Varin revint à Amiens dans l'été de 1802. Il admira le travail de Dieu dans l'âme de Sophie, ainsi que dans celle de M1Ie Deshayes. Celle-ci témoignait ardemment de son désir de prononcer ses vœux ; l'autre était digne de les faire, mais elle ne demandait rien, par esprit d'humé lité et d'abandon à Dieu. Le supérieur décida que toutes deux feraient profession , le lundi 7 juin , lendemain de la Pentecôte.

Or voici ce qui arriva dans cette grande journée. Le matin on s'apprêtait à se rendre dans la chapelle de Mme de Rumigny, quand on s'aperçut de l'absence de la sœur Sophie. On la chercha, et bientôt on la trouva assise sous le noisetier de la cour. * Elle y était tombée, raconte sa compagne, dans un état extraordinaire. Tout ce qui l'entourait avait disparu à ses yeux, elle était immobile ; et, avant de partir, il fallut attendre un peu. » Mma Deshayes ajoute : « Dieu se découvrit à elle dans cette extase. » Quand Sophie fut descendue de cette élévation, on l'emmena, encore toute radieuse et embrasée, au pied de l'autel où elle se consacra à l'Epoux divin qui venait de la ravir.

Cette année fut une heureuse année pour le Sacré-Cœur. On joignit au pensionnat une classe gratuite pour les enfants pauvres , qui bientôt y affluèrent : a Cela réjouissait nos âmes, » dit Mlle Deshayes. Celte charité était dans

i Lettres autographes du Père Varin, 1802. Archives de la maison mère.

l'esprit de l'Institut, qui la pratique partout où il est appelé, ainsi que nous le verrons. — Deux anciennes religieuses, Mme3 Capy et Baudemont, entrèrent aussi dans la Société vers ce même temps. Le pensionnat s'accrut. On quitta la maison de la rue Martin-bleu-Dieu, devenue insuffisante, pour en prendre une plus grande dans la rue Neuve. On loua, aux portes de la ville, une maison de campagne pour les jours de congé1. Mais ce n'était là que le prélude à de plus profonds changements.

Avec une vertu solide, de l'intelligence, du zèle, Mlle Loquet, incomplètement formée à la vie religieuse, était tout à fait impropre au gouvernement : a Celle qui nous conduisait n'avait pas reçu l'esprit que Notre- Seigneur voulait de nous, raconte MmeBarat; nous le sentions et nous en gémissions en silence. » De là, dans son action, des inégalités, des incohérences, des brusqueries et des faiblesses, tout un ensemble malheureux que Mile Deshayes explique en ces termes, avec beaucoup de sens : « La violence que cette supérieure était obligée de se faire pour accomplir une œuvre dont elle était incapable, la jetait dans un état de préoccupation et d'agitation, enfin dans une voie à laquelle nous ne comprenions pas grand'chose. Nous sentions bien néanmoins que ce n'était pas là l'esprit qu'on nous avait inspiré, l'esprit de Fénelon et de saint François de Sales. Mais nous observions sur tout le silence le plus exact. »

Le Père Varia avait gardé à l'égard de la supérieure de longs ménagements. A la fin, voyant ses conseils inutiles, il dut lui déclarer qu'il ne la croyait pas apte à l'œuvre du Sacré-Cœur. Le 8 décembre, Mliû Loquet

1 Elle Rappelait la Folie -Binet.

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