LA MÈRE BARAT SUPÉRIEURE A AMIENS
Un des premiers jours qui suivirent sa nomination, la nouvelle supérieure réunit sa petite communauté. Elle lui y exprima sa confusion, ses craintes, son dévouement, dans un langage pénétré d'un sentiment si sincère d'abnégation et de charité, qu'il y eut dans l'assistance un attendrissement général. Ce qui y mit le comble, ce fut de la voir ensuite se prosterner aux pieds de chacune de ses filles, et les leur baiser avec une humilité dont elles étaient stupéfaites. Par cet abaissement, elle faisait assez connaître de quelle sorte elle entendait la supériorité, à l'exemple du Maître qui avait dit à ses apôtres : Que celui qui est le plus grand parmi vous se fasse le plus petit, et que celui qui est le premier devienne comme le serviteur.
Un demi-siècle et plus d'exercice du commandement ne devait pas donner un seul démenti à cet engagement de l'humble supérieure.
Le Père Varin avait repris à Paris et en province ses missions apostoliques, mais sans perdre de vue l'œuvre qu'il considérait « comme la plus importante de ses entre-
prises ». — « Que d'autres, écrivait-il à la supérieure, que d'autres disent s'ils le veulent : Je suis trop occupé, je n'ai pas le temps d'écrire. Pour moi, je n'admets pas ces raisons par rapport à vous; parce que je regarde comme une de mes plus précieuses occupations de vous aider à porter le fardeau qui vous est imposé1. »
Il continua donc à la diriger par lettres, — lettres simples et sans art, écrites dans l'ardeur et comme dans le feu du saint combat; et pour cette cause même, animées d'un souffle incomparable de zèle et de force d'âme. Malheureusement on n'a conservé aucune des réponses de Mme Barat à son guide spirituel , de sorte qu'il ne reste que lui pour éclairer notre marche dans ces commencements.
La première chose que nous montre la suite de ces lettres est le principe surnaturel de sa direction. Deux mots la résumaient : courage et confiance ! Telle était sa maxime. Il voulait que l'on commençât par attendre de Dieu l'inspiration des choses utiles à sa gloire, et les marques certaines de sa volonté. Mais, cela fait, assuré que le Seigneur est avec ceux qui travaillent pour Lui, l'homme de foi n'hésite plus : courage et confiance! et il marche en avant. Ainsi se confier en Dieu, ne s'appuyer que sur lui, mais en allant d'abord jusqu'au bout de ses forces; déployer toutes les énergies humaines, mais en les subordonnant à la toute -puissance divine; s'aider soimême, certain qu'alors le Ciel nous aidera : tel était pour le Père Varin le sens pratique de ce cri, qui va retentir d'un bout à l'autre de cette histoire.
Déjà Mmo Barat pouvait le lire presque à chaque ligne
1 Lyon, 10 novembre 1803.