‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 52 sur 236 · DIRECTION DU PÈRE VARIN · texte numérisé non relu

DIRECTION DU PÈRE VARIN

de ses lettres, a Soyez dans la main de Dieu, ma chbre sœur, lui mandait-il dès le 21 janvier 1803, soyez dans la main de Dieu, et alors rien ne m'empêchera de vous dire : Soyez fort et vaillant : Confortare et esto robustus. Il faudrait robusta, direz-vous? Mais c'est à dessein que je fais ce solécisme , car je ne vous veux plus au féminin ; et c'est pourquoi j'ajoute encore avec le saint Livre : « Soyez « homme : esto vir* ! »

. Dans la semaine suivante, il lui disait de même : a Continuez, avancez, vous êtes dans le véritable chemin. Souvenez-vous que ce n'est pas vous qui vous êtes jetée dans la voie où vous êtes. Si donc, ma chère sœur, c'est Dieu qui vous y a mise, marchez avec confiance, et que rien no soit capable de vous intimider1. »

« Le Seigneur demande de vous une confiance plus qu'ordinaire, lui écrivait-il de Paris deux jours après. Nous n'avons en ce monde qu'une seule prétention, celle de servir Dieu et d'accomplir en tout ses saintes volontés. Cette disposition de tout remettre entre ses mains nous vaut son amitié, nous assure sa protection et nous ouvre une source intarissable de biens3. »

En même temps qu'il soutenait sa fille par ses conseils, le Père Varin avait soin de la mettre en présence des plus fortifiants exemples. Amiens était alors une sorte de pépinière de saintes œuvres et de grandes âmes, que la grâce y faisait naître, pour de là les transplanter, et couvrir de leur ombrage la face de la France. Là fleurissait, entre autres, la congrégation des sœurs de Notre-Dame, également constituée par le Père Varin, et dont la su-

* Paris, 21 janvier 1803. — 2 Paris, 29 janvier 1803. — 3 Paris, 31 janvier 1803.

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périeure offrait à Mm0 Barat un modèle de force chrétienne.

Marie-Rese-Julie Billiart, — la bonne Julie, comme on l'appelait au Sacré-Cœur. — avait été suscitée pour être le catéchiste des délaissés et des petits. Dès son enfance, et quand elle n'était qu'une pauvre paysanne à Cuvilly, son village natal, elle évangélisait les moissonneurs avec qui elle travaillait dans les champs, Dans sa pénible ieunesse, elle avait catéchisé de même les chaumières, où elle allait débiter son petit fonds de mercerie. Comme elle avait partagé les travaux des apôtres, elle avait eu l'honneur d'en partager les persécutions. Traquée comme une bête fauve pendant la Terreur, elle avait cependant, toute percluse qu'elle était, trouvé moyen de procurer aux proscrits une sécurité qu'elle avait dédaignée pour elle-même. Un prêtre d'une grande foi l'avait soutenue dans ses luttes : c'était M. de Lamarche, l'apôtre de la contrée, que nous verrons faire une grande figure dans cette histoire. Maintenant, depuis 1800, le Père Varin avait appelé Julie à l'instruction de la jeunesse pauvre. Pour qu'elle en fût capable, infirme comme elle était, il fallait un miracle: Dieu le fit. Un jour, Julie avait été guérie presque subitement d'une paralysie de plus de vingt-cinq années. Ce jour était celui de la fête du Sacré-Cœur. Le sacré Cœur de Jésus, son imitation, son culte, était le grand objet auquel le Père Varin avait appliqué la congrégation des sœurs de Notre-Dame; le sacré Cœur de Marie était le patronage sous lequel il avait placé leur institut et leurs vœux 1 .

Aussi l'orphelinat de la rue de Noyon et l'institution

tVoirla Vie de la R. M. Julie, in-12.— Paris, Casterman, 1866.

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