‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 53 sur 236 · LA MÈRE JULIE BILLÎART · texte numérisé non relu

LA MÈRE JULIE BILLÎART

de la rue Neuve étaient- ils unis, dans ces Cœurs sacrés, par une communauté d'esprit et d'aflections que resserrait encore la correspondance de leur commun père. Le Père Varin envoyait souvent Mme Barat auprès de cette âme d'élite, comme à l'école de la patience et à la vivante démonstration de la foi récompensée : « Dites à la bonne Julie que je pense sans cesse à elle, car j'aime à me rappeler souvent que le bon Dieu est bon1. » — « Allez, je vous prie, visiter de ma part la bonne Julie; dites-lui qu'elle ait confiance, et que l'œuvre à laquelle Notre- Seigneur l'appelle mérite bien qu'on l'achète par quelques épreuves*. » — Et dans une autre lettre : a Voyez la bonne Julie, dites-lui bien que je ne l'oublie pas, et que Xotre- Seigneur l'oublie encore moins3. » Sans doute le fondateur voulait que les deux sociétés demeurassent distinctes ; leur but n'était pas le même : mais il les animait d'une mutuelle émulation dans l'amour de Jésus-Christ; et la mère Julie déclarait que, pour sa part, elle était très redevable à la conversation de « la petite mère Barat ».

Mais le secours le plus puissant que le Père Varin procura à ses filles fut celui de ses prêtres du collège d'Amiens. Le Père Bruson, qui venait de remplacer le Père Jennessaux en qualité de recteur, avait la haute surveillance de l'établissement. Le Père de Sambucy était chargé des sœurs et des pensionnaires. Le cours d'instruction religieuse était fait aux enfants par les Pères Charles Leblanc, Varlet et Sellier. Celui-ci, déjà remarquable par son éloquence, n'était pas encore prêtre. Nouveau converti, il s'empressait de regagner le temps perdu, en avançant dans la sainteté

1 Belley, 5 août 1803. — * Paris, 11 juin 1803. — 3 Besançon, 27 juin 1803.

à pas de géant. Un autre Père avait accepté la mission de former les maîtresses aux fonctions de l'enseignement par des conférences spéciales. C'était le Père Loriquet. Il exerçait alors les fonctions de préfet et de professeur de sixième dans ce collège d'Amiens où tant de générations ont appris à le vénérer et à le bénir. Les religieuses du Sacré-Cœur eurent ainsi les prémices de ces leçons d'histoire qui , publiées plus tard , ont valu à leur auteur une juste réputation de talent et de goût. Ces dignes prêtres venaient de temps en temps célébrer dans la petite chapelle, assistés par un enfant dont la supérieure avait distingué dès lors les dispositions : on l'appelait de son nom de baptême, le petit Juste. Cinquante ans après, ce même enfant devenu prêtre disait à Mme Barat : « Reconnaissez-vous votre petit Juste d'autrefois? » M. l'abbé Juste Hanicle était à cette époque curé de Saint- Severin de Paris, où sa mémoire est restée en bénédiction <.

Sous la direction des Pères, les études s'organisèrent, les règlements se constituèrent. Les maîtresses travaillaient le jour et la nuit : le Père Yarin ne cessait de les encourager. « Dites à vos compagnes, écrivait-il à la nouvelle supérieure, que je leur crie sans cesse, quoique de bien loin : Courage et confiance ! Du travail et de la peine en ce monde; l'éternité tout entière sera pour le repos. Au reste, je sais qu'elles ne s'épargnent pas, et qu'elles se portent toutes au travail avec ardeur. »

Voici par quelles leçons le Père leur apprenait à ne compter et à ne s'appuyer que sur Dieu. « Comme la congrégation de la mère Julie et la nôtre, raconte Mme Barat,

i Journal de la Vrobation, 20 septembre 1857, p. 137. — Item, Bocum. n° 56.

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