ORGANISATION D'AMIENS
étaient unies par les liens d'un même esprit, un jour le Père Varin imagina de nous réunir et de célébrer par une petite fête le début de nos œuvres. Nous tenions toutes dans une pièce fort exiguë qu'on avait convertie en chapelle. La mère Julie, qui était infirme, se fit porter au milieu. La messe entendue, nous renouvelâmes nos vœux, puis le Père Varin fit aux deux communautés une petite exhortation. Nous ayant excitées avec un grand feu à poursuivre nos œuvres, il s'arrêta tout à coup, et nous considérant : a Mais, s'écria-t-il, n'est-ce pas une folie que nous avons faite? Qu'avons-nous entrepris? Que pouvons-nous espérer de faire avec cela! » Et il nous désignait la mère Julie et moi. Le Père Sellier, présent à cette cérémonie, m'a avoué depuis qu'il se sentit a la chair de poule » en entendant ces mots. Pour nous, nous n'en fûmes pas le moins du monde découragées. Nous en conclûmes seulement que le bon Dieu , qui aime à travailler sur le néant, se sert de ce qui n'est pas pour confondre ce qui est*. »
C'est dans ces dispositions que la supérieure s'était mise elle-même à son nouveau devoir, avec un dévouement qui rendait Jésus-Christ vivant dans sa servante. Bientôt le Père Varin put la féliciter d'une vigueur qui, en elle, ne procédait évidemment que des grâces d'état, « J'applaudis de bon cœur, lui écrivait-il en juillet 1803, aux opérations que vous faites, comme un bon chirurgien qui, pour guérir son malade, ne craint pas de couper quelque membre. Du reste, je vois avec un sensible plaisir la force et la sainte liberté d'esprit que Dieu vous donne. Continuez d'en user sans crainte d'entendre dire que vous êtes allée
1 Journal du Noviciat, 21 septembre 1848, p. 78.
trop loin1. •>> — Et quelque temps plus tard : « Armezvous de fermeté, réprimez les unes, encouragez les autres ; faites respecter par toutes votre autorité , qui est celle de Jésus -Christ. Soyez sévère sur l'observation de la règle, mais surtout sur le maintien de la charité mutuelle. »
Donnant elle-même l'exemple de cette charité, la mère supérieure s'était faite toute à toutes. Qu ^lques-unes de ses sœurs étant tombées malades, elle se multiplia pour les soulager et les suppléer ; il fallut qu'urv ordre formel du Père Varin lui interdit une surcharge . ous laquelle elle succombait. Malgré ces travaux, et au s ?in de souffrances à peu près continuelles, ses sœurs et ses enfants la trouvaient toujours disposée à les entendre et prête à les servir. Ainsi, se conciliant toutes les affections comme tous les respects, Mme Barat eut bientôt établi autour d'elle ce commandement aimable et cette soumission facile que le Sacré-Cœur regarde comme son essence même : La famille des sages et l'assemblée des justes, disent les Livres saints, est obéissance et amour-.
Cette famille s'accrut. Au mois de juin, Mme Barat y reçut Mlle Adèle Bardot, une de ses compatriotes , pour laquelle elle-même s'était portée caution auprès du Père Yarin. « J'ai trouvé en elle, répondit celui-ci, les qualités que vous m'avez annoncées, et je suis sûr qu'elle prendra l'esprit qu'elle doit avoir. »
Vers cette même époque, Mllcde Cassini, fille du célèbre directeur de l'Observatoire, esprit vif, mais trop mobile, entra au Sacré-Cœur, où elle ne resta pas toujours, mais où elle revint mourir.
Les plus riches recrues furent faites dans les missions
i Lyon, 20 juillet 1803. — - Eccli. m. 1.