‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 55 sur 236 · ACCROISSEMENTS DE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

ACCROISSEMENTS DE LA FAMILLE

que le Père Varin prêchait alors dans le Midi, avec les Pères Barat, Roger, Thomas, Lambert et Enfantin. Au mois d'octobre, le fondateur envoya de la ville de Lyon à la maison d'Amiens M110 Marie du Terrail, de laquelle il disait : « Vous trouverez en elle des talents pour l'enseignement et les dispositions propres à votre Institut *. » Unique rejeton d'une race qui était celle du chevalier Bavard , Mlle du Terrail avait été élevée dans la célèbre maison des dames de Saint -Gyr, et elle venait, âgée de trente- deux ans , consacrer au Sacré-Cœur une vie vouée jusqu'alors à toutes les bonnes œuvres.

Quelques semaines après, les lettres du missionnaire annonçaient l'arrivée d'une autre postulante : « Elle est trop timide , mandait-il à la supérieure ; vous réformerez ce qu'elle a d'excessif en ce genre. J'espère d'ailleurs que vous en serez contente. » Dans une lettre suivante, il ajoutait ces mots: « Que vous dirai-je de celle-ci, sinon que, pour l'humilité et la docilité, c'est un enfant2? » Là se bornait l'éloge : évidemment l'humilité qu'il signalait en elle avait dérobé à ses propres yeux la valeur de sa conquête.

Cette femme douce et humble était M110 Catherine de Charbonnel de Jussac, alors âgée de vingt-neuf ans. Enfant de la vieille et forte noblesse du Vélay, héritière de l'instruction solide et de l'austère religion de son aïeule maternelle, elle portait dans son nom des traditions d'héroïsme, et dans ses destinées le sceau des fécondes douleurs. Pendant que son grand-père, âgé de quatre-vingt-neuf ans, expirait dans les cachots de la révolution , elle apprenait que son père, colonel général d'artillerie au service du roi,

1 Lyon, 23 octobre 1803. — 2 Lyon, 4 et 10 novembre 1803.

s'était fait tuer sur ses pièces plutôt que de se rendre à l'ennemi. « Nous accordons la vie à ceux qui nous la demandent, avait-il répondu; mais pour nous, nous ne la demandons jamais ! » Après la mort de son père, l'unique appui de Catherine avait été son frère, soldat de la même cause, qu'elle avait trouvé moyen de sauver et de cacher à Lyon. Mais à peine venait-elle de le guérir de ses blessures, qu'il fut enlevé à sa vigilance craintive, et bientôt fusillé, presque sous ses yeux. Eloignée de sa mère, dont elle avait vainement demandé à partager le cachot, demeurée seule, sans pain, sans parent, sans asile, chargée de ses deux sœurs, Catherine travaillait pour elles et avec elles le jour et la nuit. Le conseil municipal de sa ville de Monistrol lui avait offert des secours, elle avait refusé. Tant de malheurs et de vertus avaient fait d'elle un objet de respect et d'admiration. Sa foi, une foi ardente, éclairée, invariable, inspirait son courage. On l'avait vue, pendant les mauvais jours, se mettre au service de l'Eglise et de ses ministres proscrits, confectionnant en secret les ornements des prêtres, portant les vases de l'autel de village en village, s'exposant au péril ou plutôt à la fortune d'être prise ou de mourir: a Nous ne pensions alors qu'à la joie du martyre, » racontai l-el le plus tard.

Depuis longtemps son cœur s'était donné à Jésus-Christ par le vœu de virginité. Maintenant l'heure était venue de couronner son sacrifice. Elle voulait être religieuse, et elle avait fait choix du couvent des Clarisses de la ville du Puy, lorsque la Providence la mit sur le chemin des missions du Père Lambert. Le Père lui parla de la société du Sacré- Cœur. Elle eut bientôt compris que Dieu l'y appelait, et c'est alors qu'elle vint, montée sur un cheval d'assez chétive apparence , trouver le Père Varin pour lui demander

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