LES PREMIÈRES ÉPREUVES
mença à inspirer de vives alarmes. Au mois de septembre, une religieuse, Mme Capy, ayant été atteinte accidentellement de maladie mentale, ce fut, dans toute la ville, le prétexte d'un déchaînement contre la petite maison. Le Gouvernement lui-même ne dissimulait pas ses sentiments hostiles envers une Société suspecte de partager toutes les opinions de ses fondateurs, les Pères de la foi. C'est parmi ces entraves que se traîna péniblement l'année 1803.
Le Père Varin profitait de toutes ces circonstances pour apprendre à sa fille à entrer résolument dans ce rôle de victime, qui est inséparable du ministère des âmes.
Il lui écrivit donc : « Ma sœur, ce mot de Jésus sur Lazare , son ami, me revient souvent lorsque je pense à vous : Infirmitas hœc non est ad mortem, sedpro gloria Dei, ut glorificetur Filius Dei per eam1. Glorifiez par votre petitesse et votre infirmité Jésus-Cbrist votre maître , et vous le glorifierez si à votre petitesse se trouvent joints un grand courage et une ferme confiance 2. »
Il ajoutait : « Jésus-Christ en fondant son Eglise l'a soumise à toutes sortes de contradictions. Sachant par quelles épreuves le maître et ses disciples ont passé, vos compagnes oseraient-elles se plaindre si l'œuvre du Seigneur les exerce par la patience 3 ? »
Il lui faisait entrevoir les bénédictions promises à la souffrance : « Le doigt de Dieu est marqué sur votre maison par une longue suite d'épreuves et de croix. Donc il sera marqué bientôt par des faveurs qui la feront prospérer. Aujourd'hui je vous répète donc: Plus que jamais, con-
1 « Cette maladie ne conduira pas à la mort; nnis Dieu l'envoie pour en tirer sa gloire, et par elle glorifier son fils.» (S. Jean, xi, 4.)
2 Paris, 15 juin 1803, et Lyon, 24 juillet 1803.
3 Belley, 10 juillet 1803.
fiance ! vous apprendrez bientôt par expérience à connaître le Seigneur 1 ! »
Enfin il lui faisait voir son Jésus la précédant sur cette voie de douleurs: « Oubliez-vous, ma sœur, que Notre- Seigneur est tombé sous sa croix, sans se plaindre une seule fois qu'elle était trop pesante ? Jésus-Christ est tombé, Il s'est relevé , mais sans se séparer de cette croix. Il est arrivé au terme, Il est heureux, et regni ejus non erit finis! Jésus-Christ est votre roi , votre époux, votre modèle : vous êtes mieux traitée que Lui. Car Lui, quand II tomba, Il ne fut relevé que par les coups et les huées insultantes de ses ennemis. Il ne fut aidé à porter sa croix que par un étranger. Et vous, quand vous tombez, ce sont les saints, les anges, c'est Marie la reine du ciel, c'est Jésus votre époux qui accourent pour vous secourir: plaignez-vous maintenant - ! »
L'année 1804 vit s'aggraver tellement l'état de souffrance de MmeBarat qu'on l'envoya à Paris pour s'y faire soigner. On avait reconnu qu'elle était secrètement en proie à un cancer qui dévorait sa vie ; on la disait aussi atteinte d'une phtisie qui la consumait. Elle-même crut toucher à sa dernière heure, comme témoignent quelques fragments de ses lettres d'alors. Elle se résigna. « Pauvre corps, écrivaitelle, que sera-t-il bientôt? Que Ton en fasse ce que l'on vculra : cela ne m'inquiète guère... Seulement il faut que je profite bien du temps qui me reste. »
Elle était douce, joyeuse, au sein de ses souffrances: « Je souffre, mais le mot Dieu Je veut fait tout évanouir. Ma gaieté reparaît : ainsi prenons patience. Encore quelques minutes, et nous ne souffrirons plus : cela vaut-il la peine
« Lyon, 20 octobre 1803. — 2 Item, 4 novembre 1803.