‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 59 sur 236 · ELLE CONSACRE SA SOCIETE A MARIE · texte numérisé non relu

ELLE CONSACRE SA SOCIETE A MARIE

Enfin une autre cause de souci et d'inquiétude était l'incommodité de la maison de la Rue-Neuve, entassement de bâtiments disparates et isolés qui rendait très difficile la vigilance des maîtresses, et mettait leur conscience à la torture. « Que dirai-je de votre position et de celle de votre famille dans une pareille maison ? écrivait le Père Varin dès l'année précédente. 11 y a en cela quelque chose de si extraordinaire que certainement le bon Dieu a ses desseins. Laissons-lui le temps de les manifester. »

En voyant tous ces maux fondre presque à la fois sur un établissement à peine commencé, la supérieure fit alors ce que fait une mère en présence du berceau menacé de son enfant : elle le voua à la sainte Vierge. Voici comment elle-même racontait ce grand acte : « Dans l'extrémité où nous nous trouvions, je ne vis plus d'autre protection que celle de la Vierge Marie. Comme nous élions proches de la fête de l'Assomption , j'engageai nos sœurs à faire une neuvaine, pendant laquelle nous passâmes en prières tout le temps que nous ne donnions pas à nos chères enfants. Le jour de la fête , nous fîmes à Marie la consécration de notre société , avec promesse que cette neuvaine et cette consécration y seraient renouvelées chaque année à pareil jour, tan* qu'existerait cette petite société ■ . »

Mme Barat ajoutait : « La sainte Vierge nous exauça en nous accordant des secours que nous n'avions pu ni prévoir ni espérer » Le Sacré-Cœur n'attendait que ce coup de vent du ciel pour se dégager des écueils et reprendre sa marche.

On put acquérir alors la maison de l'Oratoire, occupée jusqu'ici par les Pères de la foi, et anciennement bâtie par

» Conférence de Mme Barat, 6 août 1864.

la congrégation du cardinal de Bérulle. Le corps principal était une construction du dix-septième siècle. Des annexes et des bâtiments de service construits légèrement longeaient la rue de l'Oratoire jusqu'à celle des Augustins. Là s'ouvrait la chapelle. Elle était grande, simple, d'un effet très religieux, avec une façade d'architecture grecque, un plancher en bois à cintre surbaissé, un chœur orné de belles stalles et de boiseries sculptées représentant les scènes principales de l'Evangile. La tribune était portée par de grands anges en bois, formant cariatides. Un jardin entrecoupé de pelouses et d'allées s'ouvrait aux élèves pour les récréations. Tout près, dominant l'enclos et la maison, la cathédrale projetait à des hauteurs célestes son admirable abside. C'était là, près du sanctuaire, « à l'ombre du Bien- Aimé, » comme dit le Cantique, que devait s'asseoir définitivement la fondation d'Amiens, que le Sacré-Cœur appelle encore le Berceau.

Les réparations étant faites, on en prit possession en la fête et sous les auspices de saint Michel, le 29 septembre 1804. L'archange vainqueur de Satan et protecteur de la France devint, à partir de ce jour, un des principaux patrons d'une société vouée, comme lui, à la double mission d'adorer Dieu et de combattre pour sa défense.

En même temps , la société continuait à faire de précieuses recrues. Au nombre des douze sœurs qui ce jour-là s'installèrent à la maison de l'Oratoire », se trouvaient deux

1 Ces douze religieuses étaieDt : Madeleine -Sophie Barat, Geneviève Deshayes, Henriette Grosier, Rosalie -Marguerite Debrosse, Marie du Terrait, Catherine- Emilie de Gharbonuel, Adèle Bardot, Félicité Desniarquest, Henrielte Ducis, Thérèse Duchàtel. (Extrait du Catalogue général.) Il faut y joindre Mmes Baudemont et Gopina.

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