LE PENSIONNAT D'AMIENS
plit : « Ce pensionnat , écrit une des premières élèves , était établi dans le style grave et sérieux, où les mondanités étaient vraiment inconnues, à peu d'exceptions près1. » — « Les enfants nous donnaient de grandes consolations, rapporte iMmo Deshayes. Elles rivalisaient dans le bien ; et l'amour de leurs maîtresses était une puissante excitation à le faire. Ne pas leur parler était la plus grande pénitence qu'on pût leur infliger : « Oh ! Madame, dites-moi des paroles qui « grondent, mais parlez-moi ! » disait une des plus petites qu'on avait punie de cette sorte. Un jour Mme Grosier revenait de la messe lorsque, se retournant, elle vit derrière elle une enfant de dix ans qui baisait religieusement le bord de sa robe. — « Mais que faites-vous donc là, Caro- « line? — Madame, répondit l'enfant surprise et confuse, a Madame..., vous avez communié ce matin *. »
Cette enfant d'une si grande foi était M110 Marie-Caroline de Beaufort, que nous retrouverons encore dans cette histoire, et qui, devenue plus tard comtesse de la Grandville, laissera dans le Nord le souvenir d'une admirable chrétienne d'un esprit élevé, d'une charité inépuisable et d'une rare sainteté*. »
1 Souvenirs de MUe Herbert, p. 17 et 18.
2 Xotes de Mm0 Deshayes, p. 22.
3 Parmi les pensionnaires distinguées de ce temps, on remarquait: les cousines de Mra0 de la Grandville : Mlles de Beaufort, dont l'une fut Mm8 la marquise de Partz; une autre, Léopoldine, comtesse de Namur d'E'zée, l'apôtre de cette contrée; Laure, qui se consacra aux boDnes œuvres; Eulalie, qui fut religieuse du Sacré- Cœur et mourut à Orl-ans.
Nommons encore : Pauline Errambault du Mesnil , qui fît tant de bien à Tournay ; Virginie Guidée (Mme Anthime Jérosme), une vraie sœur de Charité dans le siècle; Henriette de Hame (Mme de Rochemore); Mm0 van der Cruysse; surtout la charitable bienfaitrice des pauvres, dos malades et des écoles, Félicité Vifquin. La ville de Tournay, par reconnaissance, a donné son nom au quai qu'elle habitait.
Mme Barat était l'âme de cette éducation. « Il me semble, écrit une de ses pensionnaires, il me semble encore voir ses yeux éclairés d'une flamme céleste, entendre ses paroles courtes mais si pleines d'onction, quand elle nous entretenait du royaume de Dieu. Elle aimait à nous surprendre pendant nos récréations. Tout s'animait alors : « Mes enfants, chantez-moi le cantique que j'aime! » Nous chantions : Qu'ils sont aimés, grand Dieu, tes tabernacles! Après l'avoir écouté, elle nous en faisait ressortir les plus belles pensées. C'étaient des moments de bonheur. Quelle sérénité elle portait dans son regard! quelle humilité dans son maintien et ses discours! quelle indulgence maternelle dans la correction de nos défauts ' ! »
Ces jeunes filles appartenaient à des familles fort diverses de fortune et de condition. Mais Mmo Barat savait se faire toute à tous. Les riches la recherchaient pour la distinction naturelle qui la plaçait au niveau des plus hautes classes , et qu'elle n'avait apprise qu'à l'école de Dieu. Les petits et les simples l'aimaient pour sa charité et sa condescendance. L'entendant leur parler, avec la môme compétence, des choses de leurs champs et des choses de Dieu: « Vraiment cette femme sait tout! » disaient les fermiers de la Picardie.
Telle fut pendant ces premières années l'existence du Sacré-Cœur, perpétuellement ballotté entre l'adversité et la prospérité, entre la mort et la vie. Telle fut dans ces commencements l'âme de Mme Barat, à la fois humble et grande, patiente et généreuse, oublieuse d'elle-même et confiante en Dieu seul. Telle elle sera toujours, et dans cette humilité et cette docilité nous pouvons entrevoir un des
1 Lettre autogr. de Mme la baronne d'Olislagers.
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