RÉUNION DE SAINTE -MARIE
aimer et faire aimer le bon Dieu, et qui sont prêtes à tout sacrifier pour sa gloire ! Que vous êtes heureuse vousmêmes d'avoir été appelées à cette sublime vocation, et plus heureuses encore d'être résolues à ne rien épargner afin de vous en rendre dignes1 ! »
Il fut entendu avec le Père Varin que Mme Barat se rendrait à Grenoble à l'entrée de l'hiver. Il en coûta beaucoup à la mère supérieure de s'éloigner de ce berceau d'Amiens, si frêle encore : « Ah ! disait une de ses lettres, si sainte Thérèse éprouvait une si grande peine à se séparer de ses filles, lorsqu'elle allait fonder quelque nouveau monastère, comprenez- vous ce que doit ressentir une pauvre créature comme moi? Il n'y a que le bon Dieu qui soit capable de me soutenir dans ce déchirement. »
Avant de partir, la supérieure reçut, le 21 novembre, les vœux de trois professes, MMmea de Charbonnel, du Terrail et Debrosse. Cette dernière, née à Chalet, au diocèse de Verdun, et entrée, au mois de mai de l'année précédente, dans la société des Dames du Sacré-Cœur, devait accompagner Mm0 Barat à Grenoble. La sœur Maillard leur fut adjointe. C'était l'ancienne servante de M110 Deshayes, associée à toutes ses œuvres, et femme d'un mérite supérieur à son état. Le gouvernement de la maison d'Amiens fut laissé aux mains de Mmc Baudemont, ancienne religieuse Clarisse, faite à l'exercice de la discipline et du commandement.
On se quitta bravement, comme la mère générale le rappelait ensuite à Mme de Charbonnel, dans leurs dernières années : « Vous souvient -il, bonne mère, de notre
1 A Mmc Duchesne. Amiens, 2 novembre 1804. Lettre Iro.
première séparation? C'était au lendemain de vos vœux. Nous ayant annoncé le départ prochain de quelques-unes d'entre nous, le Père Barat nous dit : « J'attends de votre générosité que pas une de vous ne verse une larme. Ah 1 ce moment fut cruel1, »
C'était, à cette époque, une entreprise pénible, longue et hasardeuse, surtout peur ia jeunesse et l'inexpérience de quelques femmes, qu'un voyage de près de deux cents lieues par les voitures publiques et au commencement de la mauvaise saison. Mme Barat entrait dans cette existence de courses et de continuelles séparations qui, pour ce cœur avide de repos, de solitude et d'affections suivies, inaugurait un martyre qui va se prolonger pendant plus de cinquante ans.
Aux principales étapes de cette longue route, les lettres du Père Yarin venaient lui apporter des encouragements, et comme un viatique qui la réconfortait.
Il lui demandait d'abord la magnanimité. La Société grandissant, il estimait que l'âme de la fondatrice devait grandir en proportion : « 0 ma sœur en Jésus-Christ! vous m'avez promis qu'en vous Notre-Seigneur trouverait une âme selon son cœur, une âme grande et généreuse , une âme toujours prête à s'ouvrir à tous ses desseins, sans s'étonner de leur grandeur m de leur difficulté. Dites-lui donc souvent : Paratum cor meum, Beus, paratum cor meum*. »
Dans une seconde lettre, faisant le même appel à sa grandeur d'âme, l'apôtre poussait ce cri : « Des âmes! des âmes ! . . . Mais pour en gagner ou pour en former, il
1 Journal de la Probation, 9 octobre 1853, p. 14 et 13.
2 Mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt ! (Psal. lu, 7.) Novembre 1804 (sans date de jour).