PIE VII LA BÉNIT A LYON
sommes dit quelquefois : quand Dieu veut unir des âmes à Lui, il les fait passer par de rudes épreuves. Le pauvre cœur doit saigner si souvent qu'il ne lui reste plus, à la fin, une goutte de sang; et c'est alors qu'il peut dire : Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus -Christ qui vit en moi. Oui, oui, la croix ! la croix! voilà le chemin pour vous, pour moi et pour d'autres. Et encore ne faut- il pas la trouver pesante : c'est en la trouvant légère que nous engagerons celui qui les fabrique à ne pas nous en laisser manquer. Et, tant qu'elles ne nous manqueront pas, nous n'aurons rien à craindre. Nous n'aurons rien non plus à désirer, excepté ce que désirait le saint roi : Unam petii a Domino, hanc requiram, ut inhabitem in domo Bomini omnibus diebus vitœ meœ i . »
C'est pendant ce séjour à Lyon que Mme Barat reçut une consolation de l'ordre le plus élevé. Le souverain pontife Pie VII, revenant de donner le sacre à Napoléon, passa par cette ville, dans ce même mois d'avril 1805. Au sein de l'enthousiasme qui accueillit le Saint-Père, Mmo Barat ne fut pas la moins empressée à se prosternera ses pieds. Elle assista à sa messe, y communia de sa main, obtint même une audience où le vicaire de Jésus-Christ entendit parler de l'institut du Sacré-Cœur pour la première fois. Mme Barat s'empressa de faire savoir au Père Varin les paroles que le Pape lui avait adressées, et les bénédictions qu'elle en avait reçues pour elle et ses filles. Nous n'avons plus cette lettre de la supérieure. Mais du moins la réponse qu'y fit îe Père Varin nous fait assez connaître combien cette bénédiction avait été spéciale, et quel heu-
1 La seule chose que je demande à Dieu et que je souhaite, c'est d'habiter dans sa maison tous les jours de ma vie. (Psalm. xxvi, 4.J — Lyon , 24 avril 1 805.
reux présage on en pouvait tirer pour la petite Société. « J'ai bien partagé, disait le fondateur, la consolation que vous avez eue près du Saint- Père. Ces bénédictions réitérées sont d'un heureux augure pour les futures destinées de celles qui en sont l'objet. » Puis remontant plus haut, il ajoutait : « Je vois bien qu'avant de vous adresser au Saint- Père, vous avez fait la cour à Celui dont il n'est que le Vicaire, et que le Maître a parlé au cœur de son serviteur 1 . »
La main bénissante du Chef de l'Eglise venait donc de se reposer sur la Société. Le Sacré-Cœur de son côté venait de prendre ainsi vis-à-vis du Saint-Siège un premier engagement: il y sera fidèle; et c'est dans une soumission filiale, inviolable au Souverain Pontife que nous verrons l'Institut chercher toujours sa force, sa lumière, sa vie.
Le 20 mai, Mme Barat était de retour à Grenoble. « Nous la revîmes, dit Mme Duchesne, avec un empressement où il n'entrait toutefois nul triomphe d'amour-propre sur ceux qui l'accusaient d'avoir abandonné lâchement notre maison. » — « Les mauvais propos, ajoute-t-elle plus loin, pouvaient bien avoir pour elTet d'empêcher l'augmentation de notre pensionnat; mais, quand on ne cherche que Dieu, on sait le bénir encore de nous lier les mains, quand c'est Lui qui nous arrête, et non la crainte de nous fatiguer pour Lui -. »
D'ailleurs, le séjour de la supérieure à Lyon n'avait pas été inutile au noviciat de Grenoble. Elle y avait conquis une nouvelle postulante dans la personne de Mme Henriette Girard. « La mère Girard , raconte le journal de Mme Des-
1 Lyon, 24 avril 1805. — - Journal autogr., p. 15.