‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 69 sur 236 · MADAME HENRIETTE GIRARD · texte numérisé non relu

MADAME HENRIETTE GIRARD

hayes, était alors une femme d'environ quarante ans. Elle n'était bien faite ni de figure ni de taille ; mais quelle expression cette figure prenait quand elle était en prière, quand elle disait l'office ! Son ton et son accent faisaient assez voir le degré d'élévation de son âme en Dieu. On voyait cette âme dans ses traits, et son attitude seule révélait la joie dont elle était pénétrée. Elle avait avec cela un caractère aimable et de l'agrément dans l'esprit. Elle faisait des vers pleins de grâce et d'enjouement : c'était une âme pure et belle, et d'une simplicité si parfaite, que notre mère Barat avait coutume de dire : « Ah ! si celle-là « passait par le purgatoire, j'en serais bien étonnée. » Henriette appartenait à une famille chrétienne qui avait eu l'honneur de recueillir Msr d'Aviau pendant les mauvais jours. Elle voulait être religieuse ; mais un de ses frères, chanoine de la métropole, l'avait tenue en défiance contre le Sacré-Cœur, par la raison que c'était une institution nouvelle. La postulante entra donc à Sainte-Marie-d'en-Haut, pleine de préventions, et se promettant de tout examiner avant de faire un pas.

La première chose qui la frappa fut l'allégresse des sœurs : c'était ce qui Tétonnait le plus. D'un côté, n'entendant parler aux conférences que de pénitence et de croix; de l'autre, au contraire, ne voyant autour d'elle que des visages heureux, elle n'y comprenait rien. Il lui vint alors le soupçon qu'il y avait là-dessous quelque mystère. Un jour, s'adressant à une ancienne mère, elle lui dit en confidence : « Je voudrais bien savoir quelle est cette croix dont on nous parle sans cesse? » Il lui fut répondu : « Notre croix, ma chère sœur, c'est de ne pas aimer le bon Dieu autant que nous le devrions et que nous le voudrions, de savoir qu'il n'est point aimé autant qu'il

est aimable, et de ne pouvoir le faire aimer par toutes les créatures. »

La religieuse qui faisait cette réponse si belle était MmQ Deshayes. Elle avait quitté Amiens depuis quelque temps, et était venue rejoindre à Sainte -Marie sa mère Barat.

Le Père Varin encourageait cette sainte allégress? des filles et de la mère. Il rassurait celle-ci ; il lui montrait Jésus-Christ « ne conduisant au Calvaire ses fidèles épouses que pour les mener de là dans le sein de son Père », Il lui suggérait cet acte d'abandon et de foi : « Oui, mon Dieu, oui, ma confiance et mon espérance sont en vous. Je vois ma place dans le ciel, elle est tout près de vous. Vous me la gardez, et qui pourra me l'enlever? Vous êtes le fort armé, vous avez vaincu le monde ; vous êtes en moi, et je suis en vous. Dominus protector vitœ meœ ; a quo trepidabo?

— Finissons. Voulez-vous que Notre-Seigneur soit content de vous, prenne en vous ses délices? Paix, joie, confiance, toujours confiance dans la joie : Gaudete : iterum dico, gaudete ' . »

Au mois d'août, le Père Varin vint lui-même à Grenoble, et le saint épanouissement de la petite famille fut ce qui le réjouit le plus. « Il visita la maison, rapporte Mme Duchesne, et fut témoin de l'aimable gaieté de nos conversations. Il parut comme un père au milieu de ses enfants, et ne put que nous souhaiter la continuation de notre bonheur, en nous exhortant à nous en rendre dignes*. »

— « Témoignez à votre famille, écrivait-il lui-même à Mme Barat quelques jours après, la joie et la consolation que j'ai ressenties dans les courts instants où j'ai été témoin

1 Roanne; 1er juin 180b. — 2Mme DuchesDe, Jour Jial antogr.,j>. 19.

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