LES PREMIÈRES RÈGLES
a L'esprit de l'association, c'est le détachement du monde et de soi-même, la pureté d'intention pour la gloire de Dieu, le zèle et la douceur à l'égard du prochain, et une grande obéissance envers les supérieures.
i Les moyens de sanctification sont : pour les religieuses, le noviciat et les exercices du chrétien ; pour les personnes du dehors, l'éducation des pensionnaires, l'instruction gratuite des classes pauvres, et les retraites pour les dames du monde. »
Quant à l'organisation et au règlement général, il était dit :
« 1° Les différentes maisons de cette association auront une supérieure générale ;
« 2° Tout y sera en commun ; la manière de vivre y sera simple et n'aura rien d'extraordinaire. Il n'existera pas d'austérités de règle, ni de jeûnes en dehors de ceux qui sont prescrits par l'Eglise ;
« 3° Tous les jours on fera une heure d'oraison le matin, une demi-heure le soir, une lecture spirituelle, deux examens de conscience, et on récitera le petit office de la sainte Vierge. »
Là se bornait l'indication présentée à l'évêque, qui lui donna verbalement son approbation. Dans la réalité, la Congrégation n'avait pas d'autres lois. Elle s'était contentée d'adopter le sommaire des Constitutions de la Compagnie de Jésus. Ce sommaire, joint à ce qu'on nomme « règles de modestie et règles communes », était le code qui avait régi la famille du Sacré-Cœur jusqu'en 1805.
On le conçoit cependant : l'institut de saint Ignace, tout en restant la base des statuts du Sacré-Cœur, ne pouvait s'adapter aussi littéralement à une société de femmes ayant son esprit spécial et sa mission propre. Le Père Varin le re-
connaissait, et il s'en était expliqué déjà avec Mme Barat1. Mais quelle serait la règle que l'on adopterait? et préalablement, en quelles mains reposerait l'autorité centrale de la Société? Le conseil général d'Amiens devait statuer sur ces choses.
La mère Barat arriva, le 14 décembre 1805, dans sa famille de l'Oratoire, qui la reçut avec honneur. Depuis plus d'un an qu'elle l'avait quittée, elle n'en avait reçu que d'excellentes nouvelles*. En effet, le premier aspect de cette maison ne présentait rien qui ne dût charmer les regards d'une mère.
Une partie de ce bel ordre, — du moins on le croyait, ■r- était dû aux talents administratifs de Mme Baudemont, supérieure à l'Oratoire. Ce n'était pas, en effet, une personne ordinaire que cette ancienne Clarisse, et l'idée que nous en donnent ses contemporaines est celle d'une femme de caractère et de vertu. « Elle était exemplaire, raconte l'une d'elles; elle nous a constamment édifiées, et jusqu'au dernier moment sa conduite fut celle d'une parfaite religieuse. » Une autre a écrit : « La trempe de son esprit la rendait plus propre à créer une œuvre à elle qu à se fondre dans un institut déjà existant. Douée d'une force de volonté peu commune et d'une énergie persévérante, sévère pour elle-même et pour les autres, elle ne manquait pas ce pendant d'un certain abandon avec les personnes dont elle
1 11 lui écrivait un jour : « Je vous renvoie ce que vous me demandez, en vous observant que ni les règles communes ni celles de la modestie ne peuvent rester telles qu'elles sont, par la raison que j'ai donnée si souvent, à savoir quelles ne sont qu'une traduction des règles latines , que vous ne devez pas vous approprier littéralement. Ainsi nous les changerons. »
2 Voyez lettres du Père Varin. Amiens, 4 septembre 1804. — Paris, 13 mars 1805. — Roanne, 1er et 13 juin 1805.