‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 75 sur 236 · ELLE EST ÉLUE SUPÉRIEURE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ELLE EST ÉLUE SUPÉRIEURE GÉNÉRALE

par amour-propre, je me cachai dans un coin. Mais ma tante, venant m'y prendre, me mit en évidence, près de l'autel , sous les yeux des élèves et des dames. Certes, son humilité dut être satisfaite, car ma figure et ma tenue n'étaient guère de nature à lui faire honneur1. »

D'après ce que nous venons de dire, on voit qu'il serait difficile de trouver deux esprits plus opposés que ceux de Mmo Barat et de Mm0 Baudemont. Lequel allait l'emporter, de l'esprit d'humilité ou de celui d'autorité, de l'esprit de dilection ou de celui de domination ? lequel allait recevoir le gouvernement et prévaloir à jamais dans la Société? Le choix d'une supérieure générale en déciderait; et ce fut le premier objet que l'on soumit au Conseil.

Le 18 janvier 1806, fête de la Chaire de saint Pierre, on procéda à ce grand acte. Toutes les professes présentes déposèrent leurs votes ; les professes absentes avaient envoyé le leur. Le dépouillement donna à Mme Barat la majorité d'une voix seulement. On observa que cette voix décisive était due à la promotion que l'on avait faite de la sœur Maillard à la dignité de la religieuse de chœur; et l'on se plut à reconnaître la main cachée de la Providence dans l'appoint si opportun de cet humble suffrage2.

La nouvelle supérieure, en se voyant élue, fut tellement saisie qu'elle s'affaissa sous le coup. Elle était écrasée sous le poids de la charge qu'il lui fallait maintenant porter sa vie entière3.

1 Notes de M. l'abbé Dusaussoy. — 1er cahier, feuille 7.

2 Notes de la mère Deshayes, p. 31.

3 Une inscription commémorative a été placée dans le lieu où s'est accompli cet événement. Ce lieu est devenu la chapelle

Or pourquoi venait-on de la lui imposer? Pourquoi le Père Varin et les plus sages de ses filles venaient-ils de mettre le présent et l'avenir de leur Société dans de si jeunes mains, des mains de vingt-six ans? Qu'avaient-ils donc vu dans cette âme si humble?

Sans doute, comme tout le monde, ils avaient vu premièrement cette humilité même, qui, jointe à sa sainteté, devait faire de la supérieure un instrument si souple, si impersonnel dans la main de Dieu. Mais, derrière ce voile profond, se laissait apercevoir chacun des éléments de ce genre d'autorité tempéré de bonté, qui est propre au christianisme, et plus particulièrement propre au Sacré-Cœur. C'était d'abord, dans l'esprit, un élément de lumière : une riche instruction, une vive pénétration des affaires et des âmes, et le tact délicat des unes et des autres, la promptitude, l'ordre, l'élévation, la mesure, avec ce sens droit que rien ne peut remplacer, pas même le génie, pas

privée des dames du Sacré-Cœur d'Amiens. L'inscription est ainsi conçue :

SOCIETAS YIRGINUM A CORDE DM JESD

HISCE IX .EDIBUS

QUAS A>'ÏEACTIS ^TATIBUS

SODALES BERULLIAM COLUERUST

IX'STAOATIS XOVOQIE CULTD AUCTIS

SUA IIABUIT exordta:

PRI5IISQUE COSITIIS RITE OBITIS

XV KAL FERR. àrKH. MDCCCVI

AimSTlTAV CINCTIS SCFFRAG1IS

PR.EFECIT SOCTIS UMVERSIS

MAGDALENAM ALOÎSIAM SOPHIAM BARAT

ADSTANTE JOSEPHO VARI>" E SOCIETATE JESU

DE COETUS INSTITUTION

EGREGIE MER1TO

C'est par erreur que l'inscription porte que Mme Barat fut élue supérieure générale à l'unanimité ; cioictis suffragiis.

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