QUALITÉS DE LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
même la sainteté, selon que le déclare saint Ignace quand il dit : « Une grande prudence avec une médiocre sainteté l'emporte sur une grande sainteté avec une prudence médiocre. » C'était ensuite, dans le cœur, en une grande proportion, l'élément de l'amour: l'ardent amour de Dieu, le zèle de sa gloire, la passion de sa loi, tout ce qui fait respecter le devoir comme sacré ; puis l'amour du prochain, la douceur, l'aménité, tout ce qui peut rendre le devoir aimable et facile aux autres. Enfin, dans le caractère, l'élément de la force, non pas seulement cette force qui est la puissance d'agir, mais celle, plus nécessaire dans une supérieure, qui est le courage de souffrir : l'autorité quia l'épine pour diadème et pour sceptre la croix. En somme, une riche nature sous un magnifique épanouissement de grâce, une juste harmonie des facultés naturelles et des vertus surnaturelles dans une âme complète et équilibrée : voilà ce qui constituait dans Mme Barat cette supériorité que l'on venait de reconnaître par un acte authentique.
C'est bien ainsi, du reste, que Mm0 Deshayes, dans ses notes, motive son suffrage et celui de ses sœurs : « L'union intime de la mère Barat avec Dieu, sa douceur, sa prudence, son dévouement entier à la Société, la sagesse de son gouvernement que l'on avait déjà éprouvée, tous les talents réunis dans un âge où tant d'autres ne font que donner des promesses, firent croire que Dieu l'avait suscitée, dans son amour, pour la direction de notre petite famille. Elle seuie n'était point dans cette opinion, et son humilité profonde lui faisait croire que Notre-Seigneur ne la confirmait en cette place que pour ses péchés. »
Si accablée qu'elle fût, elle ne se plaignit pas ; elle ne se lamenta pas sur sa nouvelle charge. Au lieu de parier
humblement d'elle-même, elle estima plus humble et meilleur de se taire. C'est dans ces sentiments que deux jours après elle écrivit à Grenoble. Sa lettre, adressée à Mme Duchesne. plane dans les régions du monde spirituel, où elle goûtait le bonheur d'oublier tout le reste. Comme son amie se plaignait d'être privée, par son absence, de l'aliment dont son âme avait été soutenue pendant le noviciat : « Je ne sais pas, lui répondit -elle agréablement, comment vous osez réclamer en faveur de ce mauvais lait qu'on vous a enlevé. A votre âge, rechercher encore ces fades douceurs, c'est rester enfant et vouloir l'être toujours ! » Elle l'avertissait qu'après les longues épreuves d'une vie si agitée, le temps était venu pour elle de se reposer en Dieu seul, et comme l'Epouse du Cantique, de s'asseoir à l'ombre du Bien-Aimé : « Puissiez-vous, ma chère tille, pouvoir dire ce mot qui vous fait tressaillir de joie : Je suis assise, Sedi! Mais ne l'oubliez pas, l'arbre qui couvre le doux lit du repos est planté au milieu d'une forêt hérissée d'épines. Pour s'y frayer un chemin, il faut arracher les ronces. Il est besoin pour cela de courage et de patience ; et ce n'est pas le lait des faibles qui vous en donnera : comprenez-le, de grâce! » — Quant à la promotion qui venait d'être faite d'elle au gouvernement général de la Société, à peine la supérieure y faisait- elle allusion dans ces lignes rejetées à la fin de la lettre : « Ma fille, il s'est passé bien des choses pour votre mère dans ces derniers jours. J'en suis encore à me résigner, et je ne puis presque m'occuper que de cela. Priez pour moi, et passez -moi de n'en rien dire1. »
Le second objet du Conseil était l'élaboration des sta-
1 Amiens, 20 janvier 1806.